LA BATAILLE DE BÀUGÉ
Le vers de Régnier :
Il te laisse au roi Jeau et s’encourt au roi Charles 1
semble faire allusion à un dicton populaire. Ni Charles V Le Sage, ni son fils dont la folie fut attribuée par ses contemporains à des envoûtements ou à la rencontre dans la forêt du Mans d’un chasseur surnaturel 2 n’ont laissé la moindre trace dans le folk-lore ; on a vu (p. 387) qu'lsabeau de Bavière figure parmi les reines mangeuses d’enfants.
Le duc de Bourgogne Jean sans Peur conserva jusqu’à une époque assez récente une certaine popularité dans quelques parties de son duché. Au dix-huitième siècle, on faisait voir encore sur le pont de Montereau un pavé qui portait la trace du sang qui jaillit de ses blessures quand il fut assassiné. On raconte dans l’Yonne qu’un jour de Mardi Gras, le duc qui habitait jla rue Franche à Noyers, joua à la houle, promettant d’affranchir de toutes ^impositions [les maisons que sa boule atteindrait. De fait toutes celles de cette rue ont joui de ce privilège jusqu’en 1789 3.
La bataille de Baugé où les Anglais commandés par le duc de Clarence furent vaincus, date de 1421, l’avant-dernière année du règne de Charles VI. Une enquête, faite avec beaucoup de soin, a relevé bon nombre de faits traditionnels qui s’y rapportent. Voici le résumé des principaux : Quelque temps auparavant, les Anglais renversèrent dans le Loir le clocher de l’église Sainte-Colombe, dont la cloche fit entendre ses sonneries pendant longtemps, au fond de l’eau à chaque grande fête religieuse. Aumème endroitils brûlèrent vive unejeune fille, mais de la fumée du bûcher s’éleva tout-à-coup une colombe, qui leur dit : « Vous mourrez tous, par ordre divin, entre deux paroisses qui portent le même nom ». Arrivés à Baugé, les Anglais s’enquirent du nom de la ville, Baugé, et de celui de la localité avoisinante, le Vieil- Baugé. La prédiction de la colombe leur revint à la mémoire, et ils se dirent: « C’est donc ici que nous devons mourir? » L'évènement, justifia en effet cette appréhension, car ils furent presque tous anéantis, à la bataille qui eut lieu sur le coteau, entre Baugé et le Vieil-Baugé, et le combat fut si meurtrier que la roue d’un moulin situé en bas fil trois fois le tour sur elle-même par suite de l’abondance du sang qui s’écoulait de la hauteur. La tradition fait faire à la monture du duc de Ciarence, fuyant le champ de bataille, des bonds prodigieux et l’on montre en plusieurs endroits les empreintes de son fer. Celle de la reine d'Angleterre qui accompagnait ses troupes fit également un saut merveilleux attesté aussi par une dépression sur une pierre B.