LOUIS XI. LE ROI RENÉ
qu’à la maison dite de Tristan et, passant par dessous la Loire aboutissait à un château de la commune de Saint-Cyr. C'est par ce souterrain que ceux que le roi avaient condamnés étaient menés au supplice : Tristan les pendait à des clous et à des crochets que l’on montre encore sur le pignon du logis qui lui est attribué ; il se prolongeait jusqu’à la Loire, et servait à ceux qui allaient y précipiter les cadavres. Dans le parc du Plessis un débris de cave voûtée serait l’endroit où le cardinal La Bulue fut enfermé dans une cage de fer, et l’on montre dans le mur la place où étaient scellés les barreaux. Beaucoup de fontaines de cette région reçurent, à ce qu’on dit, la visite de ce roi, qui fut en effet un grand pèlerin l. Quand il allait à la Guierche voir une de ses « amies », il passait parle « chemin ferré » que l’on nomme Chemin Louis XI2 *. D’après une tradition, que Béranger qui habita la Touraine, a rapportée en note en tête de sa chanson de Louis XL ce roi voulait voir quelquefois les paysans former des rondes devant les fenêtres de son château ; en 1832 Casimir Delavigne dans sa tragédie de Louis XI (acte II, sc. I), les représente dansant « par ordre ».
Parmi les princes, ses contemporains, dont il contribua à abattre la puissance, il en est deux qui ont laissé de plus curieuses traces dans le folk-lore.
Le roi René, qui supporta avec philosophie ses disgrâces politiques, est encore populaire en Provence sous le nom de fou bon roi. Le soleil y est appelé Chaminèiro dou rei Heiniè , la cheminée du roi René ; à Marseille, à Ai\, à Digne, on désigne ainsi des promenades abritées par des remparts où il venait se chauffer au soleil. On dit de quelqu’un habillé à l’ancienne mode : Vestidou tèms dou rei Hernié \ Vers 1840, les enfants chantaient parfois en allant le long des rues :
Bouen René doou plus haout séjour Gielo un coou d'auey sur la Prouvenço,
Regarda en aquest. beou jour Noueslri coors per lu plens d'amour.
Bon René, du plus haut séjour — Jette un coup d’œil sur la Provence — Regarde en ce beau jour — Nos cœurs pour toi pleins d’amour4. Ln Anjou, dont il fut comte, il n’est pas non plus oublié. Au XVIIIe siècle, sur les bords de la Maine, on l’appelait encore le lloi des Gardons à cause de son affection pour les pêcheurs, pour lesquels il avait institué une fête spéciale. Une de ses retraites favorites était située sous le roc de Chanzé, où il s’était plu à reproduire une imitation de
1. Horace Hennion et Edmond Chaumier, in Rev. des Trad. pop. t. XXt, p. 480.