‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 410 sur 503 · CHARLES VIII. LOUIS XII · texte numérisé non relu

CHARLES VIII. LOUIS XII

le Chasteau Saint-Ange, avec autant de frayeur que moins il en auoit de suiet. Mais quinze brasses de l’auant-mur du Chasteau venant à tomber aux premières approches du Roy, il conclut enfin la paix l.

On n’a rien rencontré de nos jours qui puisse s'appliquer à Louis XII ; mais un conteur qui écrivait trente ans après sa mort nous a conservé deux anecdotes dont ce « Père du Peuple » est le héros, et qui circulaient vraisemblablement parmi ses sujets. Ce roi ayant appris d’un bonhomme qui faisait des balais dans une forêt qu’il les vendait un denier la pièce, lui dit d’en amener une charretée au château de Blois, et qu’il les lui paierait un liard chaque pièce, mais que s’il en trouvait un douzain il pouvait les vendre et apporter la somme à Pierre d'Amboise, comme à son associé. Le vendredi, le roi défendit à tous ses gentilhommes et officiers de n’entrer chez lui le samedi matin sans avoir un balai neuf au poing. Le bonhomme vendit toule sa charge un sou la pièce. On le conduisit ensuite à Pierre d’Amboise auquel il dit que jamais de sa vie celui-ci n’avait fait un aussi bon marché, puisqu’il avait vendu à un bon prix ceux qu’il amenait. Le roi lui dit de garder l’argent et après l’avoir fait copieusement dîner, il se fit connaître à lui 2. Une autre fois qu'il était seul dans un bois il arriva devant la chaumière d’une bonne femme, à laquelle il demanda à boire ; elle répondit qu’elle n’avait point de vin, et comme le roi s'en étonnait, elle avoua qu'elle avait un traversier qui n’était pas percé, mais que si elle lui en vendait une pinte, elle en paierait la gabelle au roi aussi bien que si elle avait vendu toute la pipe. « Ma mye, lui dit le prince, ne vous souciez, le roi n'en sara ja rien 3. »

Anne de Bretagne est un des personnages historiques qui tiennent une place considérable dans la légende : Son double titre de duchesse de Bretagne, et de reine de France, épouse de deux rois, sa mort arrivée lorsqu elle était encore jeune et belle, ont sans doute contribué, non moins que le sentiment de particularisme, jadis très vivant en Bretagne, à lui assurer une renommée durable. Le nom lui-même qu’elle portait n’y a peut-être pas été étranger ; elle avait pour patronne sainte Anne qui, avant elle, et surtout depuis, a été dans cette province l’objet d’une dévotion quasi-nationale. La popularité de la sainte a pu rejaillir sur la duchesse, et qui sait si celle-ci n’a pas à son tour été pour quelque chose dans le culte que les Bretons ont conservé pour la mère de la Vierge ?

De même que d’autres femmes légendaires, la reine Anne est une

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