Nicolas de Troyes, 1. c. p
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grande bâtisseuse : à Dinan, on lui fait honneur de la construction du beau donjon du château, qui lui est antérieur de plus d'un siècle, et l'on y montre toujours son fauteuil de pierre. Aux environs de la Roclie- Suhard, elle passe pour avoir bâti et possédé le château de ce nom, dont on ne voit plus que les ruines ; du reste, on lui rapporte l’origine de presque tous les châteaux gothiques de la Bretagne L On retrouve son souvenir, défiguré dans celui de la rue aux Anes, au-delà du pont de Léhon, près de Dinan, qui suivant les gens du pays, fut ouverte par elle. Sa voiture ayant eu peine à monter la côte les habitants dételèrent les mules et la (rainèrent ; arrivée au sommet, Anne voulut anoblir tous ceux qui lui avaient donné une telle preuve d’affection et elle se plut à donner son nom à cette route1 2. La voie romaine qui traverse le canton de Fougeray porte indifféremment les noms de chemin de la duchesse Anne ou de chemin de la Royne ; à Langon, un chemin de la Royne est aussi appelé chemin de la duchesse Anne; à la Noe Blanche, on lui attribue la construction d'une voie romaine ; à la vue d’une pie morte, elle interrompit les travaux. Ses résidences sont aussi nombreuses que celles de la reine Blanche. Les habitants du Vieux-Bourg en Saint-J ust ont gardé le souvenir d’un couvent, aujourd'hui disparu, où elle venait parfois faire des retraites ; lorsqu’elle se rendait de Nantes à Rennes, elle s’arrêtait au manoir de la Fraye, non loin de Fougeray ; quand elle allait au Folgoët, elle se reposait au château de la Pordrillais, en Pipriac, où l’on assure qu’elle mit au monde un enfant ; on y fait voir la chambre de la reine Anne, et l’on conservait dans une auberge du Folgoët un fauteuil qui lui avait servi 3 ; en Basse-Bretagne elle dîna au château de Tregont-Mab (cf. t. IV, p. 186). Près de Saint-Aubin-du-Cormier, on montre la Butte à Moqué, sur laquelle elle venait se reposer en compagnie de ses dames d’honneur4. Près de Plouigneau son passage est attesté par une empreinte sur le piédestal d’une croix (cf. t. I, p. 371). Suivant la tradition, elle aurait un jour de fête figuré dans une danse bretonne appelée dérobée ; elle y fut souvent « dérobée », et toujours elle sut se soumettre de bonne grâce à cet usage 5.
Des récits, recueillis dans des lieux assez éloignés, disent que contrairement à l’histoire, elle assista en personne à des batailles. Après la défaite de son armée à Saint-Aubin-du-Cormier, elle tenta de se sauver par le souterrain du château de Saint-Aubin, d'autres disent par celui du Bordage : elle fit ferrer son cheval à rebours, de sorte que
1. Ilabasque. Notions historiques sur les Côtes-du-Nord, t. 1, p. 421.