François Marquer, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p
L HISTOIRE DE FRANCE DANS LA TRADITION POPULAIRE
coup revinrent à Saint-Cast. Lorsque commença la bataille, un brouillard se leva le long des vaisseaux anglais, cachant aux regards de leurs canonniers les Français qui arrivaient de tous côtés, et comme ils croyaient apercevoir la crête des dunes, alors que ce n était que le brouillard, ils tirèrent beaucoup trop haut, et atteignirent peu des soldats qui descendaient la butte de la Vieuville. Les Anglais, pensant les avoir tous tués, débarquèrent et s élancèrent de ce côté en poussant de grands cris. Le commandant breton, qui avait fait coucher ses hommes pour laisser passer les boulets, leur ordonna de se lever quand ils virent les ennemis s’approcher; ils leur donnèrent la chasse et en tuèrent un grand nombre. Pendant ce temps un vieux carrier, qui avec un pierrier avait tiré toute la journée sur les habits rouges, fut découvert par eux, conduit à bord d’un de leurs navires et pendu à une vergue ; suivant d'autres, à une des ailes du moulin d Anne1. On dit que la mer était rouge de sang, jusqu’à Saint- Briac, à 15 kilomètres de là. Les Anglais furent surtout battus à cause de leurs sacrilèges ; ils avaient enlevé la statue de sainte Blanche, et brisé un des bras de la croix de l'Isle ; celui qui l’avait cassé eut le bras emporté par un coup de canon-2. Il y eut des représailles après la bataille ; une bonne femme dont les Anglais avaient tué le mari, assomma un blessé qui était chez elle en le frappant à coups de trous de choux3. L’anecdote qui figure dans l’argument de la pièce du Barzaz- Breiz intitulée le Combat de Saint-Cast, suivant laquelle les Gallois entendant les Bretons chanter un air et un chant qu’ils comprenaient, s arrêtèrent un moment, est vraisemblablement apocryphe -; la chanson elle-même paraît aussi denuée d’authenticité ; et Luzel disait qu’il était tenté de 1 ajouter à la liste des pièces supposées4.
Un illustre parlementaire du XVIIIe siècle, auquel un bon mot sur la bataille de Saint-Cast suscita des ennemis, qui se joignirent à la puissante compagnie qu'il avait combattue, figure dans des anecdotes traditionnelles. Les jésuites avaient jeté un sort sur le château de Caradeuc, près de Bécherel (Ille-et-Vilaine), qui appartenait à La Chalotais, et depuis il est hanté V J’ai entendu raconter, il y a une quarantaine d années, qu’ils avaient prédit qu'à la troisième génération un de ses descendants mangerait dans une auge à cochons, et l’on ajoutait que la prédiction s’était vérifiée.
Quelques chansons de mer se rapportent à la seconde moitié du
1. François Marquer, in Rév. des T?'ctd. pop., t. XVI, p. 357-258.