LA BATAILLE DE SAINT-CAST
toutes Les fougères se dressèrent sur la côte comme des soldats prèlsà recevoir l’ennemi. Celui-ci, épouvanté à son tour, vira de bord et
disparut 1 .
La bataille de Saint-Cast, où les Anglais furent défaits en 17o8 , est restée dans les souvenirs des gens du voisinage, et divers récits parlent de circonstances légendaires qui accompagnèrent l invasion. En lMd, on racontait que la statue de la Vierge du Temple en Pleboutle suait tellement que deux hommes étaient constamment occupes a 1 essuyer. On dut à son intercession de voir les Anglais rétrograder , ils ne Pl”ent dépasser cet endroit, bien qu’on ne leur opposât pas de troupes-. Cinquante ans plus tard on disait quelle avait arrêté l’ennemi en faisant déborder le minuscule ruisseau qui coule auprès de cette chape e. C’est là en effet que les Anglais eurent connaissance de la cavalerie qui précédait le gros de l'armée. Pendant leur retraite, les ennemis occupèrent la petite ville de Matignon, où, un siècle après, les vieillards racontaient leurs pillages: les soldats rouges défonçaient les tonneaux et mettaient le cidre à courir par les rues quand ils n'avaient plus envie de boire, et avec leurs sabres, ils s’amusaient à éventrer les couettes pour en faire voler la plume, ils chauffaient les pieds des campagnards pour les forcer à révéler l’endroit où ils avaient caché leur argent3. Les compatriotes de Rioust des A illaudren ont presque oublié que ce bout geois de Matignon, avec une centaine d’habitants de cette petite ville ou de paysans des environs, arrêta l’ennemi au passage du Guildo , mais î s lui attribuent un rôle prépondérant dans la bataille, où il servit comme simple volontaire. Lacroix de l’Esrot à Saint-Cast marque 1 endroit où il rassembla son armée; au moment où les Anglais allaient a la rencontre du duc d’Aiguillon, il descendit par un vallon, et les surprenant par derrière, en fit un grand massacre4. D’après Rioust lui-meme, la colonne dont il faisait partie déboucha, beaucoup plus loin, dans l’avenue du château de Saint-Cast. Les Anglais avaient mis leurs troupes à terre, à Saint-Briac, et ce fut pour se rembarquer qu ils se dirigèrent sur Saint-Cast; mais la tradition locale a interverti 1 ordre des événements. Quand les gens de Saint-Cast apprirent que les Anglais allaient débarquer chez eux, ils appelèrent leurs voisins à leur secours. Beaucoup, pris de peur, se réfugièrent à Matignon ; d’autres, les vieux surtout, s'entassaient dans les caves qui existaient alors sous certaines maisons. Tout le monde priait avec ferveur ; lorsque les gens apprirent que le gouverneur envoyait des soldats, ils reprirent courage, et beau-