P. Guyot-Daubès, in Rev. des Trad. pop., t. XXI, p
6. Paul Sébillot. Traditions, t. I. p. 375. Annuaire de la Marne pour 1857.
7. N. Quellien. Contes et légendes du pays de Tréguier, p. 208 ; Dr Perron. Prov. de la Franche-Comté, p. 128.
396 L HISTOIRE DE FRANCE DANS LA TRADITION POPULAIRE
A sa naissance on avait rattaché un prodige analogue à ceux qui ont précédé celle de beaucoup de héros anciens et modernes. Sa mère avait rêvé que le monde était en feu le jour de son accouchement1. Lorsqu il était au faîte de sa puissance, on avait imaginé qu’une étoile avait paru la nuit où il naquit, et l’on contait qu’elle s’était représentée a lui la veille de la bataille d Austerlitz2. Lui-même parlait assez souvent de son « étoile ». Un soir, dit-on, que le cardinal Fescli lui manitestait sa crainte de le voir succomber, il ouvrit la fenêtre, lui montra une étoile dans le ciel, et comme le cardinal déclarait qu'il ne l’apercevait pas, il lui dit : « Eh bien, moi je la vois3. »
Il paraît certain que Napoléon croyait à l’influence des jours ; par une superstition de dates, il avait beaucoup tenu à rentrer dans Paris le 20 mars, anniversaire de la naissance de son tils v. Il se serait bien gardé de livrer bataille ou de conclure un traité le vendredi s. Pendant une de ses campagnes en Italie ayant cassé par mégarde le verre qui couvrait un portrait de Joséphine, il crut y voir un mauvais présage ; il envoya un exprès pour savoir des nouvelles de sa santé et ne fut rassuré qu à son retour6. D’après une anecdote rapportée par un journaliste, sans citation de source il racontait qu’à Fontainebleau, dans la nuit du 19 ou 20 mars, au moment de se mettre au lit, il se vit rompu en mille pièces, par le fait d’une glace qu’une cause inconnue venait de briser, et que dès lors, il considéra cet accident comme une cause surnaturelle, qui ne lui laissait pas d’espoir pour l’avenir ’.
La superstition populaire lui a attribué comme une sorte de génie spécial le Petit Homme rouge, qui avant lui s’était montré à divers personnages, mais qui ne quittait guère le palais des Tuilleries ; quand il est attaché à Bonaparte, il cesse d’être sédentaire, et se transporte pour lui parler sur les points variés du globe où se trouve son protégé. Les recueils d ana sur l’empereur s’étendent avec force d’étails sur cet être mystérieux s. D après une légende fort répandue dans les premières années du XIXe siècle, Napoléon aurait dù ses succès à la protection de 1 Homme rouge, auquel il était lié par un pacte conclu en Egypte pour dix ans, la veille de la bataille des Pyramides, et renouvelé pour cinq ans seulement quelquesjours avantcelle de Wagram9. Les Bonaparliana
1. Balzac. Histoire de l’empereur racontée par un vieux soldat, 1842, in 32.