Balzac. César Birolteau
398 l’histoire de frange dans la tradition populaire
quelle mourrait1. Une bohémienne lui aurait aussi affirmé qu’elle serait plus grande qu’une reine et qu’elle mourrait à l’hôpital. Lord Holland raconte dans ses Souvenirs diplomatiques qu’il avait entendu souvent raconter cette prédiction en 1802, avant l’élévation de Joséphine à la dignité d’impératrice 2.
Le peuple adopta, en lui donnant une forme légendaire, l’opinion que l’Empereur avait été, comme Roland, trahi le jour de sa défaite tinale. On raconte dans le Brabant wallon que la nuit qui précéda Waterloo, Napoléon vit en rêve un énorme chat noir qui faisait le tour du champ de bataille ; c’était un avis mystérieux de la trahison dont il allait être victime °. Le jour de^la bataille l’Homme rouge passa aux Bourbons \ Une légende picarde localisée au château d’Heilly, associe Gannelon et Bourmont ; tous deux, accusés de l’avoir trahi s’écrient : Que la tour s’écroule si je n’ai été fidèle ! Elle se fend aussitôt et Napoléon fait fusiller les deux traîtres5.
Aux yeux de ses soldats Napoléon passait pour invulnérable. Le Mémorial de Sainte-Hélène fait allusion à cette croyance, et en Normandie, vers le milieu du XIXe siècle, on racontait qu’il charmait les balles6. En Canada, les forestiers disent qu’on tirait sur lui à boulets rouges, qu’il les empoignait à deux mains et les renvoyait sur les ennemis7. '
Les fidèles de Napoléon crurent que comme Arthur, Barberousse, Charles le Téméraire, et d’autres héros, il n’était pas mort, et qu’il ne tarderait pas à revenir. Une pièce de théâtre jouée treize ans après son décès reproduisait la croyance populaire : Lui mort ! ils ne le connaissent pas ! Il fait le mort, mais il creuse en dessous, il creuse, il
creuse . vous savez que depuis six mois la police fait faire d’énormes
crevasses dans toutes les rues de Paris ; c’est qu’on le cherche ; on sait que son souterrain va aboutir, et qu’il sortira de son trou, à la tète de deux millions de nègres pour le bonheur de la patrie 8 9. Ceux qui disent qu’il est mort ; on voit bien qu’ils ne le connaissent pas ! Il restera dans une île de/ la grande mer, jusqu’à ce que l’homme rouge lui rende le pouvoir pour le bonheur de la Franc 4e3.
1. Hégesippe Moreau. Œuvres complètes. Paris, 1856, in-32, p. 253.
2. Alberto Lumbroso. Folk— Love nupoleonico . Extr. de l’Archivio. Palerrue, in-8° p. 4. L’hôpital serait la Malmaison.