‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 459 sur 503 · DE LA RESTAURATION A NOS JOURS · texte numérisé non relu

DE LA RESTAURATION A NOS JOURS

A partir de 1814 on ne rencontre plus guère que des miettes traditionnistes, et encore bon nombre d’entre elles, notées parles contemporains, sont aujourd’hui complètement oubliées.

En ce qui concerne les deux invasions et les Cent-Jours, j’ai, pour ne pas interrompre la légende personnelle de Napoléon, mis à leur ordre chronologique les récits dans lesquels il ne figure pas. Une ombre blanche et gémissante qui apparaît à Grenoble pour annoncer des calamités s’y montra au moment du retour de l’ile d’Elbe (cf. t. IY, p. 222). Lors d’un combat qui eut lieu dans le Morbihan en 1815 et dans lequel les troupes impériales eurent le dessous, les soldats pendant la fusillade, voyaient toujours devant eux une belle femme vêtue de blanc, qui les menaçait et détournait leurs coups des royalistes dont elle parcourait les rangs1. En Vendée une chanson relate un épisode de ce soulèvement ; le général Grosbon qui surveillait avec une longue-vue dans le clocher de Croix de Vie, les mouvements des royalistes, fut tué par une balle ; le poète populaire a substitué au nom de ce général celui plus connu de Lamarque2. Un maire bleu de Pommerit- Jandy, massacré en 1815 par du Rumain et ses complices, fut jeté dans un endroit appelé Toull ar Sarpent ; aucun homme du pays ne passe devant sans dire : C’est ici que fut tué M. Le Caer. Un très long gwerz où était racontée par le menu cette scène de meurtre est resté assez populaire pour avoir pu être recueilli vers 1875, d’abord à l’état fragmentaire, puis sous une forme plus complète 3.

Le peuple semble avoir été plus frappé de la gourmandise des alliés que des faits autrements graves qui accompagnèrent les occupations étrangères. A Saint-Méen (Ille-et-Vilaine) plusieurs Prussiens moururent d’indigestion pour avoir mangé trop de lard. En Alsace, à la suite des invasions de 1814 et 1815, les Autrichiens avaient reçu plusieurs sobriquets, qui, plus tard, par extension, ont été attribués aux Allemands. Ceux qui suivent faisaient allusion à leur goinfrerie : Kostbeutel , poches à nourriture, Knepfelbüch , ventres à quenelles; Eierküchefresser , mangeurs de couques, P fanneküchfresser , mangeurs de quenelles de pommes de terre, et plusieurs chansons populaires parlaient de la gourmandise germanique. 4 Les Autrichiens qui occupèrent Genève en 1814 y ont laissé une réputation de malpropreté et de gloutonnerie qui dure encore ; le proverbe avoir un « estomac d’Autriche » est toujours

Page 1