Intermédiaire, 10 Mars
4. R. M. Lacuve. LUI. orale des Deux-Sèvres. Niort, 1006, in- 1 8, p. 102-10e ; J. Bujeaud. Chanson pop. de l'Ouest t. Il, p. 142.
5. Yves Sébillot, in Rev. des Trad. pop. t. XIX, p. 416; c’étaient dej triquçs d'épines auxquelles on laissait saillir de petites branches.
402 l’histoire de France dans la tradition populaire
soir une étoile se détachait du ciel, inondant la maison d’une lueur étrange; une bête hideuse grimpait aux treilles, faisant entendre de terribles hurlements ; jusqu’à la troisième génération, il n’y eut que des fous dans la famille des assassins1.
La terrible épidémie cholérique de 1833 fit revivre les anciennes superstitions qui avaient accompagné les pestes du moyen âge ; des femmes rouges furent aperçues près de Brest, souillant la mort sur les vallées ; une mendiante appelée en justice soutint qu’elle les avait vues, qu’elle leur avait parlé. 2 3 A Paris le peuple prétendit qu’un parti occulte (les Jésuites) avait empoisonné les eaux ; plus tard on s’en prit aux usines où les machines à vapeur sont en activité, puis aux chemins de fer ; en 1884 lors d’une nouvelle apparition du fléau, on prétendit qu’on jetait dans les rues des cartouches « chargées de choléra » h Une bonne femme affirmait devant Bérenger-Féraud, encore enfant, qu’elle avait vu, de ses propres yeux, une statue de la Vierge pleurer à chaudes larmes, quelques jours avant l’arrivée du fléau4.
En 1840, au moment où l’on se demandait si l’escadre française n’allait pas à avoir à combattre les Anglais dans le Levant, on raconta à Toulon que la Vierge de la montagne de Sicié avait pleuré, que les plaies d’un Christ avaient saigné, qu’un crieur de nuit avait vu, à deux reprises,' sous le péristyle de l'église Saint-François, un fantôme portant un sabre et du pain noir et lui disant : « Guerre ou famine » 5 6.
Sous le règne de Louis-Philippe on parlait souvent de la Charte ; ce terme abstrait, bien qu’il eût déjà été employé sous la Restauration, n’était pas très bien compris des paysans, et l’on raconte qu’un montagnard des Cévennes auquel on demandait ce que c’était répondit : La Charto, et ben la Charto es la fenno de L. Philippo G.
Une équivoque analogue, fondée aussi sur la désinence féminine d’un nom, fut assez répandue pendant la période qui précéda l’élection du 10 décembre 1848 ; les partisans de Louis Napoléon disaient aux campagnards que La Martine était la putain à Ledru-Rollin et qu’il ne fallait pas voter pour elle \
L’idée de la survivance de Napoléon 1er eut une sorte de renouveau
1. Jean de la Chesnaye, in l\ev. des l'rad. pop. t. XVI, p. 255 *