LA RÉVOLUTION DE
vers le milieu du siècle dernier, on disait de quelqu'un dont lia physionomie ne révélait pas une intelligence bien éveillée. « Il a l’air bête comme Charles X 1 2 ».
La Révolution de 1830 fut annoncée en Basse-Normandie par l’apparition en l’air de cavaliers (cf. t. I, p. 131). A cette époque beaucoup de chevaux reçurent le nom de Polignac, et leurs conducteurs les apostrophaient en ces termes : « Oh ! hé ! j’vas aller à toi, gueux d’carliste ! gare à toi, eh! Polignac! - » En Basse-Normandie, les mères disent en grondant aux enfants incorrigibles : Hoé ! petits Poulignacs ! 3
Du soulèvement éphémère de 1832, il est resté quelques chansons ; l’une est en patois et l’auteur de la seconde s’était inspiré d’un thème bien connu :
Chante, rossignol, chante,
Toi qui as le cœur gai...
Je pleure Charles disse Qui vient de s’embarquer...
Nous descendrons la nippe Du drapeau bigarlé...
Et nous mettrons en place Le drapeau blanc flotter.
Nous descendrons le coq.
Faudra le fricasser. . . 4
Quelques traditions se rapportent à des meurtres qui accompagnèrent ce diminutif de la chouannerie. Aux environs de Cliâleaubriant un homme qui faisait les commissions des Bleus fut tué par les Blancs à coups de triques à akrous dont ils se servaient5. On raconte en Vendée qu’après la défaite des partisans de la duchesse de Berry, un officier noble blessé vint demander l’hospitalité dans une cabane, et eut I imprudence de dire aux paysans qu’il était le caissier de l’armée en déroute, et que son état de faiblesse l'avait obligé à abandonner dans le tronc d’un vieux chêne une sacoche bien garnie, et il leur promit une bonne récompense s’ils voulaient aller la chercher ; ses hôtes l’égorgèrent pendant son sommeil et cachèrent son corps sous un amas de fagots. Quelques mois après, le père de l'officier étant venu réclamer son fils, ses meurtriers déclarèrent qu’ils ne l’avaient jamais vu. Le vieillard, sachant qu’ils mentaient, les maudit, et, depuis, chaque
1. A. Thibault. Gloss, du pays biaisais, p. 8* ; Çirard de Riulle, in Rev. des Trad. pop. t. IV, p. 79.
2. Henry Monnier. Le Voyage en diligence , 1836, in 32. D'après Th. .Muret, llist. de France par le théâtre. Paris, 1863, in-12, t. H, p. 336, les charretiers et les cochers appelaient un mauvais cheval Polignac, par manière d’injure, pendant qu’il était encore ministre.