‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 465 sur 503 · Le Temps, 23 avril · texte numérisé non relu

Le Temps, 23 avril

404 l’histoire de France dans la tradition' populaire

quantités de blé, l'avaient fait charger sur des navires, et ordonné aux capitaines de le jeter à la mer 3.

Quelques récits, en rapport avec la croyance des paysans bretons qui sont persuadés que les saints descendent du ciel à certains moments critiques, parlent de leur présence contemporaine sur terre. Lors de l'exécution des décrets sur les congrégations, une journalière de la Roche-Derrien prétendait avoir rencontré nue vieille femme qui, après lui avoir dit en breton : « Il est temps que le monde change, caria main de mon fils se fatigue », disparut subitement. Suivant une variante, une mendiante, qui n était autre que la Vierge Marie, adressa ces paroles à des lavandières'. Vers la même époque, on voyait se promener aux environs de Matignon (Côtes-du-Nord) des religieux et des religieuses qui portaient des draps blancs, et l’on disait que c'étaient des morts qui venaient au devant des moines vivants pour les conduire dans des grottes du bord de la mer et les y cacher en attendant qu’ils pussent se montrer sans danger à la lumière du jour2.

Ce dire populaire où, par un singulier mélange de croyances chrétiennes et de légendes païennes, des morts viennent chercher des vivants pour les cacher dans des endroits isolés et mystérieux qui, jusqu’à une époque récente, passaient pour être le domaine et la résidence des fées (cf., t. Il, p. 106-115), est le dernier trait de folklore contemporain qui soit venu à ma connaissance. Je pensais que pendant la période des inventaires, et plus tard, lors des actes qui ont accompagné la séparation des Eglises et de l’Etat, on aurait parlé de statues pleurant ou suant, de promenades de saints, et des divers prodiges qui accompagnent d'ordinaire les évènements où le clergé est intéressé ; j’ai posé la question dans la Revue des Traditions Populaires , je l’ai signalée par lettres âmes meilleurs correspondants; jusqu’ici aucune réponse ne m’est parvenue qui n'ait été négative :

L’arche sainte est muette et ue reud plus d'oracles.

1. P. S., in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 434 ; t. NUI, p. 693.

2. C. de Fèbes, in Rev. des Trad. pop., t. X V 1 1 1 , p. 223 ; in Le Petit Carnet (lllifaut, Côtes-du-Nord) septembre 1906.

Page 1