Abraham Gôlnitzl. Ulysses belgico gallicus, p
PIERRES DIVERSES
Au rocher llarpaza la France estoit semblable,
Qui meu de tout le corps demeuroit ferme et stable,
Mais si quelqu’un du doigt seulement lejouchoit Ausài tost ce rocher mobile devenoit1.
Plusieurs des noms que portent ces blocs font allusion à la facilité avec laquelle on peut les mettre en mouvement. C’est pour cela qu’ils s’appellent Pierres chabranles, Pierres qui branlent dans la Creuse, Roches branlantes, Roches branlaires en Puy-de-Dôme, Roches qui branlent en Ille-et-Vilaine, Pierres qui croulent en Saône-et-Loire, Pierres tremblantes dans l’Aude, Pierres qui dansent en Auvergne, Perrons qui dansent dans la Côte-d’Or. A Combronde (Puy-de-Dôme), il il y avait la Pierre du Cœur balant, dite aussi Pierre du Devin, probablement à cause des oracles qu’on lui demandait. Le Roc deSaint-Estapin dans la Dordogne oscille si délicatement sous la pression de l’épaule et même du doigt qu’on l’a nommé le Casse-noisettes, et ils les casse en effet très proprement sans écraser l'amande. Une de ces pierres, dans un bois des environs de Moulins-Engilbert (Nièvre) était appelée Pierre de Bon Courage, ce qui suppose qu’on lui attribuait une influence sur la force ou la bravoure2.
Les légendes sur l’origine de ces pierresprésententune grande ressemblance avec celles des divers monuments mégalithiques: c’était lasainte Vierge qui, en filant sa quenouille, avait apporté de bien loin, dans son tablier, la Roche branlaire de Mont de la Côte (Tarn) et celle dé Celles (Puy-de-Dôme) qui se balance sur un grand tourillon d’or ;àReunesles-Bains le diable en personne avait mis en équilibre la Pierre tremblante 3.
La tradition populaire attribue à ces blocs, ainsi que d’ailleurs à des pierres plus incontestablement naturelles, des gestes analogues à ceux des mégalithes. A Louvigné-du-Désert, il en avait une, aujourd’hui détruite, (pii allait boire tous les ans pendant la messe de minuit dans le ruisseau du bas de la vallée4. D’autres se mettaient en mouvement. On nomme la Pierre Branlante, à Lardy (Seine-et-Oise), une énorme roche en grès posée sur deux autres blocs plus petits, quoiqu’il soit difficile aujourd’hui de lui imprimer le moindre mouvement ; la tradition veut qu’elle tourne à différentes époques ; mais il est difficile de s’en rendre compte, car elle se meut seulement lorsqu’on