‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 59 sur 503 · LA FRICTION, L’ASCENSION ET LA STATION · texte numérisé non relu

LA FRICTION, L’ASCENSION ET LA STATION

Les monuments mégalithiques sont l’objet de pratiques analogues à celles qui s’accomplissent encore sur les pierres naturelles remarquables par leur masse ou leur aspect. Il est du reste probable qu’elles se sont d’abord attachées à celles-ci, et qu’elles furent plus tard transportées aux blocs érigés de main d'homme, dont quelques-uns en étaient vraisemblablement une imitation réduite.

On ne rencontre pas d’exemple authentique du rite de la glissade (cf. t. I, p. 335) ; mais la friction (cf. t. I, p. 330, 404) est toujours usitée, avec un certain mystère pourtant. Naguère à Carnac, les jeunes filles qui désiraient un mari se déshabillaient complètement et se frottaient le nombril à un menhir spécialement affecté à cet usage; les garçons à marier faisaient bonne garde, à une distance respectueuse1; en Eure-et-Loir, elles retroussaient leur jupon, et, le soir, se frottaient le ventre contre une aspérité de la Pierre de Chantecoq, dite aussi Mère aux Cailles, qui est à une hauteur convenable2 ; vers le milieu du XIXe siècle, les filles amoureuses se livraient à la même pratique sur une pierre de l’allée couverte de la Roche-Marie, près de Saint-Aubin du Cormier (Ille-et-Vilaine) 3.

Les nouveaux époux se rendent au pied du menhir de Plouarzel, qui présente sur deux de ses faces opposées, à un mètre environ du sol, une bosse ronde, et après s’être en partie dévêtus, la femme d’un côté, le mari de l’autre, se frottent le ventre sur une de ces bosses ; l'homme prétend, en agissant ainsi, avoir des enfants mâles plutôt que des filles, et la femme espère obtenir d’être la maîtresse au logis4. D’après Cambry, qui rapporte cette coutume presque dans les mêmes termes, les nouvelles mariées faisaient baiser la pierre à leur mari, afin d’être maîtresses chez elles ; pour les deux époux la friction avait pour but d’obtenir des enfants mâles5. Près du bourg de Moëlan les nouveaux mariés se frottent pour la même raison à un menhir qui a aussi une aspérité6. On m’a assuré que le rite accompli sur la pierre de Plouarzel se serait modifié récemment: les époux s’y rendent la seconde nuit après le mariage ; la femme embrasse le menhir d’un côté, l’homme de l’autre, et si leurs lèvres se trouvent juste en face les unes des autres,

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