‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 58 sur 503 · LE RESPECT DES MÉGALITHES · texte numérisé non relu

LE RESPECT DES MÉGALITHES

souvenait d’avoir vu des gens dire leur prière devant les Roches Pouquelaies de Vauville dans la Manche1.

Parfois même des cérémonies, auxquelles les prêtres prenaient part, avaient lieu près de ces vestiges d’un autre culte. Avant 178P, le clergé allaiten procession auddmen deSainte-Madeleine (Charente-Inférieure), et, vers la même époque, on disait la messe en bateau, au-dessus de pierres druidiques que l'on apercevait, à quinze pieds sous l’eau, entre Le Guilvinec et Penmarc'h2.

Une coutume, qui était peut-être une survivance d’un antique hommage ou d’une dévotion phallique, fut relevée, il y a une trentaine d’années dans le pays de Luchon : lorsqu’on traversait, pour aller cueillir des fraises, la pelouse où se dresse la Peyra dé Peyrahita , les hommes forçaient les femmes et les filles à embrasser ce menhir3. Maintenant encore plus d’une jeune femme va le baiser en secret4.

C’est probablement à cause de son nom et de son origine diaboliques que, antérieurement à 18^1, un menhir de la Belgique wallonne était l’objet de pratiques qui se terminaient par un acte naturaliste : Chaque année en revenant du pèlerinage de N. -Dame de Walcourt, les garçons et les filles formaient une ronde autour de la Pierre du Diable à Thy le Beaudhuin près de Namur, puis, pour témoigner leur mépris au diable, ils souillaient la pierre d’une étrange façon 5.

On sait que le clergé, ne pouvant détruire d’emblée le culte que le peuple rendait aux mégalithes, s’efforça de le christianiser. Aux uns il imposa des noms de saints, d’autres furent surmontés de calvaires ; on y grava, on y sculpta des croix ou d’autres figures, et même des inscriptions pieuses0. Cette coutume n'est pas tombée en désuétude; j’ai vu dans le Finistère des croix qui avaient été burinées sur des menhirs à des époques très récentes. Une légende du Morbihan est en partie fondée sur cet usage : un paysan qui a gravé une croix sur la plus grosse pierre de Plouhinec est ensuite protégé par elle, qu’il a rendue chrétienne ; elle se place devant lui au moment où les autres blocs qui revenaient de boire à la rivière allaient l’écraser 1 . Ainsi qu’on le verra, un petit nombre seulement de superstitions sont pratiquées près de ces monuments christianisés.

1. Michel Vircnque, in Mém. de la Soc. des lettres de l'Aveyron, 1868-73, p. 34 ; Ph. Salmon. Dict. arch. de l'Yonne , p. 53; G. Kouju, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 155; Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 166.

2. Société des Antiquaires de France, t. VII, p. 43 ; Cambry. Voyage dans le Finistère, p. 350.

3. Julien Sacaze. Le culte des pierres aupays de Luchon, Ass . française, 1878, p. 903.

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