‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 66 sur 503 · LE PASSAGE A TRAVERS LA PIERRE · texte numérisé non relu

LE PASSAGE A TRAVERS LA PIERRE

échangés au moyen de pressions de mains A Ancelle piaules Alpes) les jeunes mariés doivent introduire leur bras dans l'orifice d’une Pierre percée au sommet de la montagne de Faudon *. Un usage parallèle se pratiquait en Franche Comté au début du XVIIe siècle : Dans une contestation sur des limites de juridiction, (1519) un bourgeois de Besançon déposa qu’elles étaient « à un trou ou pertuis qui est entre les colonnes de pierres qui sont en la montagne où est assise Feglise de Saint- Etienne, auquel trou ou pertuis on a coutume de mener les espousés qui se font à Besançon le lendemain de leur nopces, et illec en manière d’ébatements, l’on leur fait boucler leurs pieds en icelluy trou ou pertuis1 2 ». Les villageois de laSaintonge faisaient passer leurs enfants nouveaux-nés par des trous qui existaient dans la table de certains dolmens pour les préserver de tout mal, présent ou futur. A Fouvent, les parents de celui qui venait d etre baptisé, le passaient par l'ouverture de laPierre percée ; c’était le baptême de la pierre , qui devait le préserver de toutes sortes de maladies, et lui porter bonheur pendant tout le cours de son existence ; on lui faisait subir une seconde fois cette opération dès qu il était souffrant3 : Un usage analogue fut noté à la fin duxvme siècle par un antiquaire qui visita le dolmen de Trie (Oise). La pierre de fond est, dit-il, percée de part en part d’un trou irrégulier, par lequel les habitants des environs ont l'usage, de temps immémorial, de faire passer les enfants faibles et languissants, dans la ferme confiance que cette pratique peut leur rendre la santé ; naguère encore, pour les préserver de la fièvre, on les introduisait dans ce même trou, de dehors en dedans, la tète la première 4 5. Dans l’Aisne, les jeunes mères, pour conjurer la malechance, faisaient passer leurs enfants par une pierre trouée; en Eure-et-Loir pour garantir les nouveaux-nés des maléfices, on les faisait aussi passer par le trou du dolmen d’Allaines, aujourd’hui détruit0. Cette pratique semble avoir été plus rarement employée par les adultes. A Courge u ay, entre Porrentruy et Délemont, dans la partie française du canton de Berne, une pierre d’origine incertaine fichée en terre, est percée à la partie supérieure d’un trou par lequel il suffisait de passer pour être guéri de la colique. Les paysans qui ont un membre blessé ou affligé vont le plonger dans celui que l’on remarque dans un gros

1. Poly, in Rev. de l'Ecole d’ Anthropologie, 1896, p. 116; Dict. arch. delà Gaule t. I, p. 57.

2. Henri Gaidoz. Un vieux rite médical , p. 28, d’a. Mém. de la Soc. d’Em. du Doubs, 1863, art. de M. Castan.

3. Henri Gaidoz, 1. c., p. 26 ; d’a. le Bull, monumental , 1834, p. 58 ; Poly, 1. c p. 113.

4. Ch. Coquebert, in Bidletin des sciences , etc., Paris, t. II (1799-1801), p. 39. cité par J. Deniker. Bull, de la Société d' Anthropologie, 1900, p. 111; G. Eouju, in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p. 477.

5. Fleury. Antiq. de l'Aisne , t. I, p. 106 ; G. Fouju, 1. c., p. 478.

CULTES ET OBSERVANCES MÉGALITHIQUES

bloc, autrefois dans un champ de Gouesnou, et maintenant dans une chapelle près du bourg 1 .

Lorsque l'ouverture n'était pas suffisante pour introduire le corps du suppliant ou le membre qu’il s'agissait de guérir, ou lui substituait une offrande ou un objet qui était censé le représenter. Ceux qui amenaient les bêtes malades à la Borne percée de Marlay-le-Vicomte faisaient glisser par le trou une pièce de monnaie qu’on ne ramassait pas2. On agissait vraisemblablement d'une façon analogue dans la Haute- Saône oh de nombreuses pierres percées de trous de petites dimensions sont réputées pour leur vertu curative. À Polaincourt unedallepercéeque l'on prenait pour le tombeau de sainte Félicie, et qui était vraisemblablement à l’origine une pierre érigée verticalement, était placée dans une chapelle, et attirait une foulede pèlerins qui venaient luidemandersurloutla guérison des yeux. Lachapelle fut détruite à la Révolution, et la pierre disparut, mais il en existe un dessin, qui montre que l’ouverture avait à peu près la forme d’un œil, et c'est sans doute cette ressemblance qui lui avait fait attribuer une vertu pour la guérison de cetorgane. Ceux qui avaient chez eux des malades venaient munis d’une bouteille d’huile avec laquelle ils oignaient avec abondance la pierre percée de Traves, et après ils recueillaient le plus possible de cette huile, qu’ils administraient au patient soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, suivant le cas3.

L’acte qui consiste à passser en rampant au-dessous d’une dalle dont les supports ne laissent que peu d’espace entre elle et le sol, ne se rattache pas aussi directement que les précédents aux cultes mégalithiques. Bien qu’on l’ait pratiqué anciennement, il ne semble pas qu’il ait lieu sous les pierres de recouvrement des dolmens. Comme ceux-ci étaient presque toujours cachés sous un tumulus, ils n’ont pu, sinon très exceptionnellement, servir à cette pratique, et môme dans ce cas, elle n’a du se produire qu’à l’époque, relativement moderne, où leur destination funéraire était oubliée. Dans les exemples relevés jusqu’ici ceux sous lesquels il a lieu ont subi une certaine déformation. En 1816, les personnes qui ne craignaient pas de se coucher ventre contre terre pour passer sous le rocher assez élevé qui servait de base à une croix située à l’entrée du bourg de Cressac (Creuse) se mariaient dans l’année. D’après un document plus récent, elle s’appelait Pierre gingue, et aurait fait partie d’un dolmen ; elle avait la vertu de rendre fécondes les femmes qui accomplissaient ce rite 4.

1. Henri Gaidoz, in Mélusine , t. VIII, col. 205, d’a. Golbéry. Suppl, aux Anl.des pays limitrophes du Haut-Rhin, 1828, p. 5 ; Paul du Châtellier. Még. du Finistère, p. 25.

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