‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 79 sur 503 · NOMS DES OBJETS PRÉHISTORIQUES · texte numérisé non relu

NOMS DES OBJETS PRÉHISTORIQUES

surtout celles-là dont ils ne parlent pas volontiers. Il est relativement aisé de recueillir celles qui sont d'un usage, sinon ordinaire, du moins assez courant en certains pays, et dont on ne se cache pas trop ; mais il est difficile de savoir celles qui sont purement païennes, qui se mêlent à des croyances religieuses, et qui sont peut-être des survivances de cultes anciens. Nous ne connaissons vraisemblablement qu’une faible partie des faits qui se rattachent à cet ordre d’idées • mais il est probable que des enquêtes en révéleraient beaucoup d’autres! C est ainsi que celle dont j’ai tracé le programme dans le numéro de Janvier 1906 de la Revue des Traditions populaires, a provoqué d'assez nombreuses réponses : les unes confirment l’existence, dans des pays où elles n'avaient pas été relevées jusqu’ici, des pratiques connues ailleurs, d autres apportent des faits nouveaux, et parfois d’un grand intérêt, qui montrent que ce folk-lore est plus important et mieux conservé qu’on ne l’avait cru jusqu'ici.

I ai mi les objets préhistoriques, les haches en pierre polie tiennent incontestablement le premier rang, et leurs noms les plus habituels constatent leurs rapports avec 1 orage. Les plus répandus sont ceux de Pierres de foudre , Pierres de tonnerre , qui ont de nombreuses variantes dialectales, telles que Pierres à tonnerre , (elles désignent, en Hainaut, celles en silex) ou Roches de tonnerre en Haute-Bretagne, Piarres dou T o unarre dans 1 Allier, Peiros de Trounaire en Lauraguais, Peiros del trou dans les Hautes-Alpes, Peiros del tro dans l’Aveyron, Peiros de tron Peiros dou trou en Languedoc, Peyres de toun en Gironde, Donneraxt, Donnerke.il , Donnerstein (haches, coins ou pierres de tonnerre), en Alsace, Carreaux de tonnerre dans l’Ain, Fouïdres à Guernesey 1 . Peyre de pngle dans les Landes, Peirat d'et periglés à Luchon, Pedra de Il amp en Roussillon, Slrahlstein , pierre de l’éclair en Alsace, se rattachent à cette lueur aveuglante. Les pointes de flèches sont aussi en relation avec la foudre ; dans la Gironde on les nomme Peyres de toiaies ou Pierres d’orage 2.

Le nom de Pointes des fées donné en Hainaut aux bouts de flèches constate la croyance, assez rare dans les pays de langue française, suivant laquelle ils auraient servi d’armes à ces êtres surnaturels. One tradition de la Loire-Inférieure parle d’une bataille livrée près du

n-*’ ,Paul„Sébil[0L Trad-' R P- 5 ; Soc. arc h. de Charleroi, t. II n 039 • F Perot, m Rev. des Trad. pop., I. XXI n 291 • P Farmf T „ 1? t 1 ’ » ’ ‘

„ w- nr • l> 7 / o !’ *7 ’ ragot. Le 1.-L. du Lauraguais,

p. 303, I) ournier, ui Bull. Soc. Anthropologie, 1874, p. 686; Valadier iri Soc des lettres de V Aveyron ,1853-1867, p. 227; Mistral. Trésor ; Gomm . de M.’Fr Daleau , Bleicher et Faudel. Matériaux pour une élude préhistorique de l'Alsace. Colmar, 1878, in-8°, p. 33 ; A. Callet, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII p 50<> • Ed gar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 407. P P , p. oü~ , Ld

2. J. de Laporterie, iu Rev. des Trad. pop., t. V, p. 246 ; J. Sacaze. Le culte des

1883 1^8 r T7 Rf“CB ’ fw 3 t'1, ^ à Part ; L- Martiuet- Kanyuls sur Mer, 1883, in-8, p. 77 ; Bleicher et Faudel, l.c. ; C. de Mensiguac. Sup. delaGirondé, p.99

CULTES ET OBSEK VA NCES MÉGALITHIQUES

Pont d’Os par des géants qui avaient pour armes des pierres à tonnerre. Aux environs de Dinan, les haches sont les outils des lées qui se sont retirées sous terre ; elles les laissent parfois dans les champs afin d’en éloigner tout mal et de les faire fructifier. On dit au Cap Sizun que les Corricks constructeurs de dolmens avaient une passion pour les objets de pierre ; dans le langage usuel les haches en pierre polie sont appelées boc'hilli corriked, haches de Corriks, et non Mœn gurun, pierres de tonnerre \

Voici quelques traits isolés qui se rattachent peut-être à un lointain souvenir de l’usage des instruments de pierre : A Saint-Aubin du Cormier (Ille-et-Vilaine) on disait qu’un four banal très ancien avait été construit à l’époque où les hommes fendaient le bois avec des pierres pointues une légende du Morbihan parle de celle où 1 on coupait la paille en la frottant entre deux pierres aiguisées 2.

Les termes où figure le tonnerre, et dont les parallèles étrangers sont fort nombreux, se rattachent à la superstition quasi universelle qui attribue à ces objets une origine en rapport avec les phénomènes électriques, et aussi à 1 idée qu ils constituent un talisman contre la foudre. En beaucoup de pays de France, le peuple croit, comme dans le midi, que des haches tombent du ciel avec elle, et qu’elles sont la cause des dégâts qu elle fait 5 les paysans des \osges disent qu elles sont lancées dans l’éclair, * traversent dans sa longueur le tronc des arbres et percent la terre jusqu'à une grande profondeur. Cette croyance à la pénétration dans le sol des haches de pierres est très répandue : dans la Gironde et dans les Landes elles s’y enfoncent jusqu a neuf pieds (dans la région landaise les flèches en silex pénètrent aussi jusqu’à neuf pieds) dans l’Aveyron à six seulement 3. Elles ne restent pas enfouies, mais remontent peu à peu ; dans ces pays elles s’avancent vers la surface d’un pied chaque année, en Alsace d'un degré, dans les Vosges, elles reparaissent à fleur de terre au bout de neuf ou de onze ans, dans le pays de Luchon, la septième année révolue, heure pour heure 4. D’après les paysans du midi, elles prennent leur forme incisive en germant pour sortir du sol 5.

Il n’est pas rare de voir des gens s’empresser, après un orage, de

1 Soc. arch. de Charleroi. t. II, p. 232; H. Quilgars, in Rev. des Tend. pop. t. XIV, p. 318; Lucie de V. H. ibid, t. XXI, p. 123 ; H. Le Carguet. L'occupation néolithique dans le Cap Sizun. Ext. du 63e Congrès arch. 1897, p. 3, 8.

2. Paul Yves Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 46; Paul Guieysse, ibid,

3 P.' Mistral. Trésor; Voulût. Les Vosges avant l'histoire. Mulhouse, 1875, in-f°, p. 32;" F. Daleau. Trad. de la Gironde, p.16; C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 99 ; E. Cartailhac. L'âge de pierre, p. 15.

4. L. Martinet. Banyuls, p. 77 ; Bleicher et Faudel, 1. c. p. 83, 84 ; Julien Sacaze,

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