‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 80 sur 503 · LE POUVOIR DES JUCHES · texte numérisé non relu

LE POUVOIR DES JUCHES

faire des recherches à l’endroit où la fulguration s’est produite, avec l'espoir de trouver la pierre merveilleuse ; dans le pays de Luchon, l'on n'y réussit pas, on le marque avec un morceau de bois pour y revenir au bout d'un certain nombre d’années. Dans la Bresse mâconnaise, on croit que si l’on cherche autour d’un arbre sur lequel le tonnerre est tombé on y trouvera des hachettes ou des pointes de flèches Ceux qui rencontrent par hasard les haches ont en général soin de les mettre de côté en raison des vertus qu’ils leur accordent ; les paysans du midi les recueillent, ou tout au moins les déposent en lieu sûr où ils pourront les retrouver, choisissant pour cela l’entrée d’un souterrain, une excavation de rocher, le pied d’un arbre, les bornes d’un champ2. Elles sont en effet d’une grande utilité en maintes circonstances 3 ; toutefois on leur attribue en quelques pays une puissance néfaste. C’est pour cette raison que les cultivateurs du sud de la Gironde s’empressent d’enfouir profondément la hache qu’ils ont trouvée ; ceux des îles de la Manche se hâtaient de la broyer entre deux pierres ; dans les Alpes Maritimes, il faut l’ébrécher sans délai, sans quoi elle retournerait dans les‘:'nuages former une seconde foudre 4.

Suivant quelques-uns toutes les haches ne sont pas également favorables ou puissantes. Dans la Lorraine allemande, on en adme deux sortes, les chaudes et les froides : les premières allument l’incen die, les secondes l’éteignent ; il paraît qu’il est difficile d’acquérir une hache froide, tandis que les paysans se débarrassent volontiers de celles qui passent pour chaudes. Le Dr Faudel ne put savoir à quels signes on les reconnaissait. Peut-être employait-on pour cela des procédés analogues à ceux usités dans le midi de la France : Les paysans des Pyrénées-Orientales faisaient subir aux Pedras de llamp une épreuve en les suspendant au-dessus d’une flamme par un fil, qui ne devait pas brûler ; dans le Tarn on procédait d’une façon semblable B.

On a relevé dans la Basse-Alsace la croyance à la relation entre la

1. Julien Saoaze, I. c. ; M. Limart, in Rev. des Trad. pop., t. XXI, p. 171.

2. Dr Noulet, in Rev. arch. du Midi, 1 867, cité par II. Vaschalde. Les pierres mystérieuses du Vivarais, p. 35.

3. Le passage d’un poète breton du XIIe siècle montre qu’on attribuait à ces pierres des vertus plus nombreuses encore que de nos jours :

Qui caste gerunt hune a fulmine non ferientur ,

Nec domus aul villæ , quibus affuerit lapis ille Sed neque navigio per flumina vel mare vectus Turbine mergelur, nec fulmine percutietur . . .

. .El dulces somnos et dulcia somnia prœstai. . .

Ad causas etiam , vincendaque prœlia prodesl.

(Marbode, évêque de Rennes, -J- 1123. De Gemmis, cité par Cartailhac. L'âge de pierre, p. 53 et note.)

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