LES HACHES AMULETTES
quemment: elles sont placées sous la maçonnerie dn foyer même, mais le plus souvent dans celle du pignon à la hauteur du foyer : . On les rencontre associées à cet endroit pour ainsi dire sacré, et qui était aussi l’un de ceux par lesquels la foudre pouvait pénétrer : dans le canton de la Brède, une hache en silex était souvent suspendue à une ficelle dans l’intérieur de la cheminée. Dans la Bresse Châlonnaise, on place, pendant l’orage, des hachettes polies dans le foyer, et si parfois elles éclatent, on prétend que c’est la foudre qui est tombée sur elles et a par conséquent épargné la maison. En Alsace, on en dépose dans les greniers. Ces objets sont aussi enterrés sous le sol, comme en Basse- Bretagne, en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan, où on en trouve dans la partie avoisinant le seuil, ou comme dans le Vivarais sous celui des bergeries. En Ille-et-Vilaine et en Basse-Bretagne, on les cache dans les trous des murs ; en Lauraguais, dans ceux voisins des étables à moutons 1 2.
On les conserve aussi dans des meubles ; dans la partie de la Gironde voisine des Landes, on serre précieusement dans les armoires les flèches en silex et même leurs fragments qui préservent le logis du feu du ciel ; les marins des îles normandes pensent aussi en être sauvegardés quand un coin de foudre est caché dans la cabine du capitaine ; à Guernesey, la maison qui possède une de ces haches est à la fois à l’abri du tonnerre et de l’incendie 3 4.
Vers 1839, les bergers du Tarn suspendaient dans les étables des haches celtiques, dites Peyres dé Picolo , pierres de variole, afin de garantir les moutons de la clavelée ; dans les Hautes-Alpes, 1a, peyro de lo picotto cachée dans quelque coin secret, sur une fenêtre ou dans un trou de la crèche ou du mur, éloignait le mal par sa seule présence ; en Vivarais, on met les pierres de la picole, dans la crèche ou sous la crèche. Dans la Gironde, pour empêcher les porcs d’être malades, on place une pointe de flèche en silex sous une des pierres de la fenêtre du parc, et en Alsace, on pose des haches dans les écuries, à proximité du bétail \
L’usage de ces objets comme amulette individuelle a été relevé plusieurs fois. Beaucoup de paysans landais portent sur eux des pointes de flèches ou des haches en silex, persuadés qu’elles les garant
1. H. Marlot, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 100; Cotnm. de M. Z. Le Rouzic.
2. G. de Mensignac, 1. c. ; M. Limard, in Rev. des Trad. pop. t. XXI, p. 111 ; Faudel et Bleicher. Matériaux , fasc. III, p. 40 ; Bull, de la Soc. d'Anth., 1886, p. 682 ; Paul Sébillot, 1. c. ; H. Vaschalde, 1. c. p. 34; P. Fagot. Le Folk-Lore du Lauraguais, p. 303.
3. J. de Laporterie, 1. c. ; E. Cartailhac, 1. c., p. 17, d’a. Lukis. The Star. Guernsey, 1 déc. 1869 ; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore , p. 403.
4. A. de Chesnel. Usages de la Montagne Noire, p. 365 ; Dr Tournier, in Bull. Soc. Anth., 1874, p. 687 ; H. Vaschalde, l. c., p. 34 ; C. de Mensignac, 1. c. p. 162; Faudel et Bleicher, l'asc. 111, p. 41.
CULTE-g ÊT OBSERVANCES MÉGALITHIQUES
tissent de la foudre. Naguère encore des gens croyaient en Haute- Bretagne que celui qui avait dans sa poche ou dans son chapeau une pierre de tonnerre n’avait rien à craindre pendant les orages, parce que, disaient-ils, les pierres ne peuvent s’entre souffrir, et que celle qui se trouverait dans le nuage tomberait à côté de celle de l’homme. D'autres en mettaient dans leur poche quand le temps était à l’orage, et s’il éclatait, ils lui adressaient une prière pour la supplier de les « garder du tonnerre ». (Cf. cette prière, t. I, p. 105. Je ne crois pas qu’on en ait recueilli en France d’un caractère aussi nettement païen). Elles constituent aussi des talismans en relation avec la santé ou le bonheur. Au XVIIIe siècle, le Dictionnaire de Trévoux , Supp1, disait que le peuple avait la superstition d’attribuer à la pierre à tonnerre la vertu de résister au mauvais air, étant portée dans la poche. Des personnes d’Obermodern en avaient constamment sur elles pour se garantir de toute influence malfaisante. Au milieu du siècle dernier, des paysans du centre de l’Ille-et-Vilaine plaçaient au cou des enfants, pour les préserver des maladies du premier âge, et surtout de la râche eL des maux d’yeux, des colliers composés de toutes petites pierres à tonnerre, auxquels ils donnaient le nom de colliers de saint François1.
Une observation, unique jusqu’ici, montre qu'on les a associées aux rites de la plantation. Aux environs de Roye (Somme), on a trouvé des haches en abattant de vieux pommiers, et l’on disait qu’elles y avaient été mises pour les préserver de la foudre 2.
Suivant une superstition relevée en Alsace, on peut acquérir une redoutable puissance en s’incorporant un fragment de hache. Un habitant de Weisslingen affirmait qu’en s’ouvrant une plaie au bras et en y introduisant quelque parcelle d’un celt, si la plaie guérit, l'homme ainsi opéré devient invincible à la lutte, et peut tuer son adversaire en le touchant légèrement avec le poing fermé et en disant tout bas : Que la foudre t’écrase ! 3
L’emploi de ces instruments à des usages vulgaires est dangereux. A Hirtzbach, on ne doit pas se servir de celts comme pierre à aiguiser, attendu que si on se blesse pendant l'opération, la plaie qui en résulte ne guérit plus. A Assewiller, celle faite avdc un couteau aiguisé avec une hache de pierre est très dangereuse. Dans le Bocage vendéen, où l’on croit que les chardons ne repoussent plus s’ils ont été coupés avec une faux aiguisée avec une pierre polie trouvée dans un cercueil, la blessure faite ensuite avec cet instrument était mortelle *.
1. C. de Mensignac. Sup. cle la Gironde , p. 99; Paul Sébillot. Trad., t. I, p. 55 ; Faudel et Bleioher, fasc. III, p. 41 ; Paul Sébillot, 1. c. p. 53-54.