LES HACHES PRÉSERVATRICES OU GUÉRISSANTES
En Basse-Bretagne, à Guernesey, dans les Cévennes, etc., les haches de pierre préservent les troupeaux de maladies contagieuses. C'est aussi pour cette raison que les bergers corses en attachent au cou de leurs bestiaux, que ceux de l’Ariège, de l’Aude, du Cantal, qui les appellent Peiros de vérin , en mettent au cou de leurs moutons ou de leurs chèvres1. Dans les Hautes-Alpes, où les tondeurs laissent sur le dos et sur la tête des plus beaux moutons une riche touffe pour faire juger de la qualité de la laine et pour donner de l’importance a celui qui la porte, c’est sur la tête d'un de ces menons , soigneusement caché et retenu, que voyage le talisman. En Lauraguais la hache est pendue avec un fil au cou du chef du troupeau 2. Les bergers du Vivarais, qui ont souvent des pierres à tonnerre dans leur havre-sac, en suspendent au cou d’une de leurs brebis, soit dans sa toison, soit dans sa sonnette fermée avec de la laine : par là tout le troupeau est préservé de la maladie redoutée, lors même qu’il habiterait un bercail déjà infecté, lors même qu’il traverserait un troupeau atteint et que le bercail en serait traversé. Dans le Bas-Commingeois les battants des clochettes sont appelés Peirés de pigolés et ce sont souvent des haches polies ou des pointes de flèches ; dans les Corbières, on perfore les haches pour les transformer en battants ; dans l’Aveyron, une peiro del Iro, ou même un fragment, est suspendu à la sonnette de la maîtresse brebis 3.
Aux environs de Dinan, il y a une cinquantaine d’années, quelques personnes plaçaient des haches dans le nid des poules, pour assurer la réussite de la couvée ; un cultivateur de Plouharnel en conserve une dans son charnier pour empêcher le lard de tourner 4.
Un paysan de Saint-Pourçain dans l’Ailier avait au fond de 1 auge où venaient boire ses animaux une grande hache en silex destinée à les préserver de toutes sortes de maladies5.
On a relevé plusieurs exemples de l’emploi thérapeutique des haches de pierre. Les paysans corses s’en servent pour soigner un mal quel-
1. D’Ault «lu Mesnil, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 117 ; E. Cartailhac, 1. c., p. 18-19 ; Paul Tomasi, in Bull. Soc. anth., 1899, p. 534 ; F. Mistral. Trésor.
2. Dr Tournier, in Bull. Soc. anth., 1874, p. 687 ; P. Fagot. Le Folk-Lore du Lauraguais, p. 303.
3. H. Vaschalde. Les pierres mystérieuses, p. 34 ; F. Mistral. Trésor : E. Cartailhac, 1. c. ; Valadier, in Soc. des Lettres, etc. de l’Aveyron, p. 227. Dans les Alpes-Maritimes, nombre de bergers attribuant des propriétés spéciales aux lamelles de schiste, s’amusent encore à les tailler en pendeloques pour les attacher au cou du bélier de leur troupeau et le mettre à l’abri de toutes maladies. (II. Le Guay, in Bull, de la Soc. d' Anthropologie, t. XII, p. 297).
4. Lucie de V.-H., in Rev. des Trad. pop., t. XXI, p. 170 ; (cf. Folk-Lore de France, t. III, p. 229, l’usage parallèle de clous placés dans le nid). Comm. de M. Z. Le Rouzic. Aux environs de Pontivy, on met un clou .dans le charnier pour empêcher le lard de se corrompre pendant l’orage. (Fr. Marquer, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 178).