LÉGENDES DIVERSES
romaines en souvenir dune bataille gagnée. A Noyal-sous-Bazouges (llle-et- Vilaine) à la suite d’un grand combat, les vainqueurs obligèrent les vaincus à élever de leurs propres mains un menhir '.
Suivant d autres récits, dont 1 un contient une circonstance merveilleuse, quelques-unes de ces pierres ont été placées pour servir de délimitation, et en effet il est des mégalithes auxquels on a, au moyen âge, assigné ce rôle (cf. p. 3) mais ce sont des pierres déjà existantes auxquelles on a donné une destination nouvelle, celle de « témoins». On raconte qu’une discussion au sujet de limites s’étant engagée entre les gens de Genay et ceux de Yiserng (Côte-d’Or) sainte Christine apporta une nuit la Grande Borne sur le point où elle est placée 2. Vers 1810, les habitants voisins des monuments de Montfaucon (Maine-et-Loire) disaient que les barons qui avaient conquis le pays les avaient érigés pour marquer leur frontière 3.
On assigne rarement une destination funéraire aux menhirs : cependant des vieillards disaient qu'un chef anglais aurait été enterré sous celui de Montreuil l’Argillé4.
Dans l’Ain on expliquait la disposition des menhirs de Simandre en prétendant qu ils avaient servi de fourches patibulaires au baron de Pierre 5.
Quelques-uns de ces monolithes ont grossi depuis le moment où ils ont été mis en place : le menhir de la Pierre à la Femme n’était qu’un petit caillou, de la grosseur d’une noix, qui grandit jusqu a atteindre les proportions qu’il a de nos jours. Lorsque le bon Dieu planta le peulvan que l’on voit près de Pontivy, il n’avait que la taille d’une boine ordinaire ; il a bien augmenté depuis, comme le prouve sa masse actuelle, et dans deux cents ans, il sera d’un tiers plus gros qu’à présent. Les habitants de Malves disent qu'on n’a jamais pu trouver la base de Peiro Ficado ; il y a un demi-siècle elle était à peine à hauteur d’homme, alors quelle mesure aujourd’hui cinq mètres; elle grandit toujours, parce qu’elle possède une vertu surnaturelle. Les Roches piquées de la forêt de Haute-Sève (Ille-et-Vilaine) poussent encore, mais lentement 6.
1. Quarré-Keybourbon. Még. du Nord, p. 8 ; L. Coutil. Még. de l'Eure Louviers, 1878, m-8°, p. 11 ; P. Bézier. Még. de UlUe-et-V Haine, p. 86.
2. Hipp. Marlot, in Rev. des Trad. pop., t. XI, p. 47-48. Le nom de Haute Borne ou Grosse Borne est donné fréquemment aux menhirs de cette région.
3. M. Reveillère-Lepeaux, in Académie Celtique, t. Il, p. 152. °
4. L. Coutil. Mégalithes de l'Eure, p. 11. Dans l’Ardèche deux menhirs près de 1 entrée d un dolmen s’appellent plourousos, nom qui n’est pas expliqué. (Il, Vaschalde. Pierres mystérieuses du Vivarais, p. 17).