‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 8 sur 503 · L. F. Sauvé, in Rev. des Trad. pop. t. II, p · texte numérisé non relu

L. F. Sauvé, in Rev. des Trad. pop. t. II, p

4. Pitre de l’Isle. Dict. arcli. de la Loire-Inférieure. Saint-Nazaire, p. 67 ; P. Bézier, 1. c. p. 181.

5. Du Laurens de la Barre. Nouveaux fantômes bretons, p. 178.

6. À. de Mortillet. Rapport sur une mission en Corse, p. 16. Un autre menhir anthropomorphe se nomme il Frate (p. 29).

7. Abbé J. -M. Abgrall. Les pierres à empreintes , p. 10; Vérusmor. Noyage en Basse-Bretagne, p. 306.

LES MENHIRS

à des métamorphoses. Les menhirs de ceux de Carnac, d’Erdeven et de Languidic sont appelés soldats de saint Cornély ; ce bienheureux poursuivi par des soldats, et se trouvant pris entre eux et la mer, les changea en pierres ; une légende parallèle s'attachait vraisemblablement à ceux des environs de Quiberon, qui, au commencement du XIXe siècle, passaient pour des soldats de sainte Hélène pétrifiés1. On raconte dans la Creuse que le menhir de Pierre Femme à Champagnac, qui a l'aspect d'une montagnarde debout et coiffée de son bonnet, n'est autre chose que sainte Valérie qui, pour échapper à des chiens féroces que les païens avaient ameutés contre elle, se métamorphosa en cette pierre. Saint Fiacre et saint Convoyon changèrent en la Roche Aboyante un chien des environs de Bains (Ille-et-Vilaine) dont les aboiements les importunaient un jour qu’ils conversaient ensemble 2.

Certains menhirs sont dûs à des miracles. La pierre de saint Barthélemy dans la Dordogne est tombée du ciel. D’autres sont sortis du sol au moment de luttes fratricides : le menhir du Champ-Dolent près de Dol surgit pour séparer deux frères qui allaient se massacrer, lors d une bataille si terrible que le sang qui coula faisait tourner le moulin d’en bas. La Pierre du Domaine à Plerguer, commune peu distante, émergea à la fin d’un combat oii il ne restait plus que deux guerriers ; ils cessèrent leur duel, et, s’étant interrogés, ils reconnurent qu’ils étaient frères. Les Pierres Jumelles de Cambrai sont aussi sorties de terre à l’endroit où s’entretuèrent deux frères amoureux de la même femme 3 4.

Il est assez rare que les menhirs aient pour constructeurs des hommes ordinaires. Voici comment, il y a un siècle, on expliquait le grand nombre de ceux qui forment les alignements de Carnac : un vieux matelot racontait que chaque année, au mois de juin, les anciens ajoutaient une pierre à celles déjà dressées, et qu’on les illuminait à grands frais la nuit qui précédait cette cérémonie. Une tradition, populaire à Dol vers 1836, attribuait à César la mise en place du menhir du Champ-Dolent1.

Les voisins de plusieurs de ces gros blocs expliquent leur érection par le désir de commémorer des évènements. Les Pierres Jumelles d’Acq, dans le Pas-de-Calais, furent plantées par Beaudouin Bras de Fer pour rappeler une victoire. La Longue Pierre à Landeperreuse (Eure) dite aussi Pierre aux Anglais, aurait été dressée par les troupes

1. Rosenzweig. Rép. arcli.du Morbihan, p. 73 ; E. Souvestre. Les derniers Bretons t. I, p. 110; Cainbry. Monumens celtiques , p. 83.

2. M. de Cessac. Még. de la Creuse, p. 26 ; P. Bézier. Még. de l'Ille-et-Vilaine , p. 159.

3. Annuaire de la Dordogne, 1819, p. 13; P. Bézier. Még. de l'Ille-et-Vilaine, p. 52, 30 ; Quarré-Reybourbon. Még. du Nord, p. 11.

4. Cambry. Monumens celtiques, p. 3 ; P. Mérimée. Voyage dans l'Ouest , p. 107.

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