‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 116 sur 506 · MAGIE ET TALISMANS · texte numérisé non relu

MAGIE ET TALISMANS

cœur d’un taure&u à la porte de la ferme et on invita chaque passant à le percer avec une alêne qui était mise auprès. A Charleroi, pour s’assurer de la fidélité de son amoureux, la jeune fille pique, à minuit, dans le cœur d’un mouton nouvellement tué, neuf épingles en forme de croix, puis elle l’enfouit pendant six mois dans la cave ; si au bout de ce temps, le cœur s’est corrompu, c’est qu’elle est trompée. Dans la nomenclature des aphrodisiaques d’une sorcière du XVIe siècle figurent une cervelle d’âne, du sang de bouc, et « un petit » des barbes qui lui ont été coupées

Un poète du XVe siècle fait allusion à une amulette dont le pouvoir semble aujourd’hui oublié:

Je ne tiens dent de poulain,

On le voit bien à ma chiere ;

Vielle m’a dit : Je te prain,

Tu porteras ma bannière2.

D’autres fragments constituent des talismans efficaces : Dans les Vosges, une bague faite avec un morceau de corne blanche provenant du pied d’un âne est excellente contre l’épilepsie ; en Normandie des rognons de porc desséchés portaient bonheur presque autant que la corde de pendu. Dans les Landes, pour préserver l’enfant nouveau-né de tout accident, on lui met au cou un sachet contenant, entre autres choses, des os de petit chien pour un garçon et de chienne pour une fille 3.

Le fer à cheval est considéré d’ordinaire comme un signe de chance pour celui qui le trouve ; on disait au XVe siècle : Qui treuve le fer d’un cheval ou partie d’icellui, il aura bonne fortune. Maintenant il est d’usage de le rapporter à la maison comme porte-bonheur ; cependant on croit dans le Finistère que sa trouvaille pronostique un malheur, et dans la Côte-d’Or s’il est cassé, on pourrait bien avoir une dispute dans la journée. Il est aussi employé comme amulette : à Valenciennes, il préservait de la crampe s’il était disposé entre les matelas ; dans la Creuse un vieux fragment dans 1a. paillasse est efficace contre le mal de dents 4.

Ainsi qu’on l’a vu aux sections précédentes, les animaux sont exposés au. moment de leur naissance et lors des circonstances importantes de leur vie à des maléfices, dont on peut les préserver par divers moyens.

1. E. Rolland. Faune pop., t. V, p. 98 ; O. Colson, in Wallonia , t. V, p. 37-38; Nicolas de Troyes. Le Grand Parangon, p. 227, 240.

2. Eustache Deschamps. Œuvres, t. V, p. 45; cf. une note de Grimm. Teulonic Mythology, t. II, p. 658, sur l’usage ancien de ce talisman en guise de préservatif.

3. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Vosyes, 274 ; L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 344 ; P. Cusacq. La Naissance , le Mariage , etc., p. 28.

4. Les Evangiles des. Quenouilles, II, 16; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 192; Richard. Trad. de Lorraine, p. 97 ; E. Auricoste de Lazarque, in Rev. des Trad, pop., t. IX, p. 581.

les Mammifères domestiques

A ceux déjà cités, il convient d’ajouter l’usage si répandu de loger un bouc dans les étables, qui est fondé sur la croyance qu’il les assainit, et qu’il en éloigne les esprits ; en Béarn il garantit du sorcier, en Languedoc il préserve les moutons des sortilèges, et les bergers en placent toujours un à la tête de leur troupeau quand ils le mènent dans la montagne pour y passer l’été1.

Les animaux peuvent être aussi fascinés : le procédé qui consiste à leur nuire en faisant leur éloge a été très fréquemment employé. Au moyen âge, on croyait aux environs d’Arles que le cheval ou le bétail qui était loué par quelqu’un crevait aussitôt, ou se trouvait en danger de mort. Au XVIe siècle, on citait même les paroles dites à cette intention : une sorcière de la Savoie, arrêtée sur la porte d’une étable pendant qu’on mettait sous le joug une paire de bœufs, s’étant écriée :

« Ho 1 les gaillards bœufs, Dieu les gard ! » l’un d’eux périt peu après. Une femme du pays de Montbéliard ayant dit en voyant des porcs:

« Les belles bestottes, elles croissent comme la paste ! » il en creva un - le même jour. On se préoccupe moins aujourd’hui de l’effet de semblables paroles, bien que l’on croie en plusieurs pays, comme en Wallonie, qu’une sorcière peut rendre un animal malade ou le faire périr en disant qu’il est beau, bien portant, etc2. On n’a pas recueilli de formule spéciale, bien qu’il y en ait probablement.

Certaines personnes qui s’introduisent dans la demeure des bêtes sont fortement soupçonnées d’intentions malveillantes : dans les procès de sorcellerie, on trouve souvent des accusations comme celle-ci : On l’a veuë sortir de Testable ou bergerie de son ennemy, et puis après le bestail meurt. Parfois des gens malintentionnés se servent de procédés matériels dont le plus ordinaire consiste à enterrer « sous l’esseuil des estables et bergeries des poudres administrées par le diable » ; les bestiaux qui passent par dessus crèvent; ces poudres sont presque toujours cachées un pied sous terre, et elles ont assez de puissance pour faire périr en un moment, comme en une bergerie de Berry, trois cents bêtes blanches 3.

Les anciens poètes parient, comme d’une chose connue de tous, des fascinations à distance pratiquées par des femmes :

Fourrant des sorts dans quelques caches Elle faisoit à deux cents pas Mourir le bestail tas à tas 4.

1. Daniel Bourchenin, in Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 733 ; J. Tuchmann, in Mélusine, t. VIII, col. 15.

2. Gervasius de Tilbury. Otia imperialia, p. 987; J. Tucnmann, in Mélusine, t. V, col. 230, 175; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 90.

3. Jean Bodin. Le Fléau des Démons el des Sorciers, 1. IV, ch. 5; Henry Boguet. Discours des sorciers, ch. XXIII ; J. Bodin, 1. c., 1. II, ch. 8. On verra au chapitre des reptiles qu’ils servent à ces sortes d'opérations coupables.

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