J. fiefrécheux. Vocabulaire de la Faune wallonne, p
PARTICULARITÉS DES SENS {f
goûte ne voit1» et plus tard cette opinion figurait, comme une sorte de lieu commun dans les œuvres des poètes2. Ce préjugé est encore très répandu en France ; dans l’Ouest, il est attesté par des dictons qui associent ce petit mammifère aux bêtes réputées les plus malfaisantes:
Si taupe voyait,
Si sourd entendait Homme sur terre ne vivrait 3.
Dans la Gironde, les Landes et le Languedoc, elle n’a plus d'yeux, depuis qu elle les a échangés avec le crapaud qui lui a donné sa queue; dans les Landes, elle les a perdus parce que le crapaud a pissé dessus1! Au XVI siècle la chauve-souris était, disait-on, « aveugle comme la taupe » ; cette croyance subsiste encore en Haute-Bretagne, dans la Beauce J, etc., et le nom de Logodennic dal , petite souris aveugle, en breton de Tréguier, la constate6. Un dicton, qui semble provenir de l’Isère, parle d'un carnassier auquel manque l’odorat :
Si le loup sentait Si l’anis (l’orvet) voyait,
Et si la chèvre avait des dents dessus,
Tout le monde serait perdu 7.
La taupe semble être la seule des bêtes sauvages à laquelle on accorde un sens particulièrement développé ; en compensation de sa cécité, elle possède une ouie d’une subtilité exceptionnelle : elle ot, dit le Bestiaire d'amour , si clerc que nus ne la puet sosprendre qu’ele ne l’aperçoive, pour tant que sons en isse8. Un proverbe normand : Il entend clair comme une taupe, y fait allusion, et on raconte aux environs de Dinan qu’il en est une qui, de son trou, situé à plusieurs kilomètres de la ville, entend et comprend tout ce qui s’y dit 9.
Les préjugés qui se rapportent à de prétendues anomalies physiques, sont rarement expliqués par des légendes comme celui qui attribue au loup des côtes placées en long (cf., p. 8). Au moyen