Mme N. Guyot, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p
LÈS OÎSEAtX SAUVAGES
prairies envahies par les oies sauvages, leur commande de par Dieu de ne plus y revenir. Les oiseaux prennent leur volée, mais au lieu de s’éloigner :
Or s’en vont les jantes volant,
Autour de l’abbaye et criant En leur langaige appelant haut Une compagne qui leur faut.
L’abbesse fait venir ses gens et leur demande s’ils n’auraient pas dérobé quelques-uns de ces oiseaux ; un sergent avoue qu’il en avait pris un et l’avait mangé. Quand tous les os ont été apportés La dame les os 9igna,
Moult doucement Dieu réclama Que luy rende l’oysel volant Ainsy comme e9toit devant.
Sa prière fut exaucée, et l’oiseau reprit sa forme première, à l’exception d’un os de la cuisse qui ne put être retrouvé ; aussi Pour un os qui fut faillant Vont les jantes d’un pied clochant '.
Ainsi qu’on l’a vu, chacun des oiseaux offre une plume pour remplacer celles que le rouge-gorge ou le roitelet avaient perdues en allant chercher le feu. Un trait semblable se trouve dans une légende béarnaise, inspirée sans doute par la diversité de couleur du plumage du geai ; celui-ci avait été condamné à mort, et les oiseaux, après lui avoir arraché toutes ses plumes se préparaient à le pendre, lorsque survint le coucou qui fit reconnaître l’innocence du geai, et ordonna à ceux qui l’avaient dépouillé de lui donner chacun une plume 2.
Les différentes tonalités du chant des oiseaux sont l’objet d’explications, qui parfois interprètent leur chanson la plus habituelle en la rattachant à un épisode légendaire. Plusieurs de ces récits sont en rapport avec la Passion : On raconte en Ille-et-Vilaine que Jésus ayant appris que ses ennemis avaient décidé sa mort, s’en alla prier dans un champ de choux ; ses persécuteurs n’avaient pas réussi à le trouver, lorsqu’une pie se mit à chanter : « Dans les choux y est ! » un corbeau indigné s’écria : « Y n’y est pas ! » D’après une légende limousine lorsque, le jeudi saint, Judas cherchait son maître caché sous des javelles, le geai le dénonça : Jous loujavelat , sous les javelles, dit-il, en son chant, et le Roitelet de lui répondre : Tais-te , tros de coicqui. Taistoi, espèce de coquin ! Et le fils de l’homme maudit l’oiseau bavard, qui dès lors tombera d’un mal en punition, la Saint-Jean venue3. En
1. La vie de sainte Opportune , publiée par M. de la Sicotière, citée par L. Duval. Rote des croyances pop. dans la protection des animaux , p. 17-18.