Ch. Bartholomez, in Wallonia, t. Il, p
2. Ch. Bartholomez, in Wallonia , t. II, p. 207 ; E. Monseur. Le Folklore wallon , p. 17 ; Z. Henin, îd Wallonia, t. II, p. 208.
3. Achille Millien, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 172 ; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 154; J. Loth, in Annales de Bretagne, t. III (1888), p. 429; Antonin Perbosc, in la Tradition , 1904, p. 278.
LËS OISEAUX SAUVAGES
soit à la peüf du serpent, soit à la crainte qu’il éprouve d’être entortillé par la rapidité des pousses. La première de ces données se trouve dans un auteur de la Renaissance :
Au printemps, doux et gracieux,
Le rossignol à pleine voix Donne louange au dieu des dieux Tant qu’il faict retentir les boys.
Peur du serpent il chante fort.
Toute nuict et met sa poictrine Contre quelque piquante espine Qui le réveille quand il dort1.
Au commencement du siècle dernier, les Solognots disaient que le rossignol et l’anvoUorvet) n’avaient qu’un œil chacun. Depuis très longtemps ils vivaient en bonne intelligence ; mais le rossignol, invité de la noce, pria l’anvot de lui prêter son œil afin d’y paraître avec deux yeux. L’anvot le lui prêta ; mais le rossignol, à son retour, refusa de le rendre à son ami ; l’anvot jura de s’en venger sur lui ou sa progéniture ; mais le rossignol ingrat lui répondit: « Je ferai mon nid si haut, si haut, si haut, si bas que tu ne le trouveras pas. » Et voilà pourquoi l’anvot ne voit pas clair. L’opinion des Solognots est que non loin du nid d’un rossignol, souvent sous l’arbuste où il est, si l’on cherche, on trouvera certainement un anvot2. Une version de la Côte-d’Or ne diffère de celle-ci que par la forme. On retrouve aussi cette légende en Languedoc, et dans le Loiret ; dans ce dernier pays, le rossignol surprend l’orvet et lui vole son œil pour aller à la noce du roitelet. « Quand tu dormiras, je te le reprendrai, dit l'orvet. — Mais je ne dormirai pas, » répondit l’oiseau; et depuis ce temps, de peur de s’endormir, il chante jour et nuit3.
On raconte en Nivernais que l’anvo avait deux yeux et le rossignol un seul ; lorsque celui-ci eut refusé de rendre les yeux qu’il avait empruntés, le petit reptile lui dit qu’il se vengerait tôt ou tard, de jour ou de nuit, pendant son sommeil, et le rossignol répondit qu’il resterait toujours éveillé. Une nuit pourtant, il s’endormit de fatigue au milieu d’une vigne et les vrilles d’un jeune cep s’enroulèrent autour de son cou ; réveillé en sursaut, il se croit pris par l’anvo, se débat et se dégage. A la pique du jour il reconnut son erreur ; mais depuis il ne dort plus, et pour se tenir en éveil il chante :
La vign’ pouss’ pouss’ pouss’, pouss’,
Je n’ dors ni nuit ni jour.
En Poitou, le rossignol dormait autrefois comme les autres oiseaux; une nuit qu’il était couché sur une vigne, le bout s’entortilla autour