‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 154 sur 506 · Achille Millien, iD Rev. des Trad. pop., t. III, p · texte numérisé non relu

Achille Millien, iD Rev. des Trad. pop., t. III, p

2. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 125 ; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 505.

3. E. Rolland. Faune pop. t. II, p. 95. Cette croyance qui remonte à l’antiquité est beaucoup plus répandue en Angleterre que chez nous: ci. Swaiuson. F.-L. of Rrislish birds, p. 113.

4. Léo Desaivre. Etudes de Mythologie locale, 1880, p. 8 (Poitou) ; François Daleau, in Rev, des Trad. pop., t. XVI, p. 420 (Charente).

LES OISEAUX SAUVAGES

paysans de la Gironde disent que lorsque le bon Dieu fut à même de creuser la mer, les fleuves et les fontaines, il chargea de ce travail les oiseaux du ciel, qui tous se mirent à l’œuvre, sauf le pivert. La besogne achevée, Dieu déclara que le pivert n’étant pour rien dans le creusement des réservoirs terrestres, ne boirait d’autre eau que celle de la pluie, happée en l’air comme il pourrait Suivant une tradition du pays de Dinan, après la fin du déluge, le globe se trouva si parfaitement désséché qu’il n’y restait plus la moindre humidité ; Dieu ordonna à tous les oiseaux de se rendre au Paradis, de prendre chacun une goutte de rosée sur les arbres qui y croissent, et de venir la déposer à un endroit qu’il leur indiqua. Ils obéirent, et, en quelques minutes, la mer fut remplie et les ruisseaux se remirent à couler. Le pivert, qui seul avait refusé de se déranger, fut condamné à ne jamais se désaltérer aux ruisseaux et aux fontaines: c’est pour cela que* lorsque la soif le dévore, il frappe les troncs d’arbres avec son bec, espérant y trouver la goutte de rosée qu’il n’a pas voulu aller chercher au ciel1 2.

Les paysans accusent le chat-huant d’être orgueilleux et aussi, comme on l’a vu dans plusieurs récits, d’avoir mauvais cœur. Quelques légendes disent comment des hommes furent à cause de l’un ou de l’autre de ces méfaits, métamorphosés en cet oiseau de nuit délesté. Suivant celle du Nivernais, un pauvre ayant rencontré le bon Dieu, celui-ci lui accorde du pain en abondance. L’homme en est d’abord content, puis, poussé par sa femme, il demande successivement de la viande, du vin, de l’argent, puis enfin la puissance même de Dieu. Celui-ci lui répond qu’il la trouvera à la maison ; dès qu’il y est entré, sa femme, ses enfants, ses parents et lui-même sont changés en chats-huants et s’envolent par la cheminée. C’est depuis ce temps que l’on dit que les chats-huants c’est du monde. En Limousin un petit pêcheur prend une truite, qui n’était autre que le bon Dieu, et qui le prie de la lâcher, en promettant de lui accorder tout ce qu’il lui demandera ; il commence par des souhaits modestes, un cheval, un domaine, puis il veut être fils de roi ; il demande enfin que son père soit le bon Dieu, sa mère la sainte Vierge, et lui le fils de Dieu. Alors la truite lui dit: « Ton père sera chat-huant, ta mère chouette, et toi le fils du chat-huant et de la chouette. » On raconte en Wallonie que pendant un de ses voyages sur terre, Jésus pressé par la faim entra dans une boulangerie et demandadu pain ; la boulangère se hâta de confectionner une miche, afin que le voyageur pût la manger toute chaude ; mais sa fille qui était très gourmande s'empara d’une partie

1. E. Rolland. Faune pop., t. 11, p. 63, d'après H. Sclafer, le Paysan riche,

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