‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 155 sur 506 · PARTICULARITÉS DIVERSES · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS DIVERSES

de la pâte, et Jésus, pour la punir la changea en chouette

En Lorraine les filles qui ont passé l’âge de trente ou quarante ans et qui commencent à trouver le temps un peu long de n’être pas encore recherchées en mariage vont souvent dans la forêt crier à la chouette, c’est-à dire accompagner ses tristes lamentations. On croit dans les campagnes aux environs de Châteaubriant, qu’après leur mort les vieilles filles sont métamorphosées en chouettes, et qu’elles vont crier la nuit. D’après une tradition de la partie centrale des Côtes-du- Nord un chêne séculaire de la forêt de Coat an Hay est habité depuis un temps immémorial par une chouette rousse, dans le corps de laquelle se serait incarnée l’âme de Perrinnaic, la très problématique compagne de Jeanne d’Arc. Le bruit fait autour de cette héroïne a pu contribuer à faire donner son nom à un oiseau en relation avec les filles réfractaires au mariage 2.

Une légende très répandue et fort ancienne, puisqu’on en trouve la trace dans Aristote et dans Pline, rapporte que les oiseaux voulurent un jour se choisir un roi ; la couronne devait être décernée à celui qui s’élèverait le plus haut dans les airs. L’aigle croyait gagner le prix, et fatigué s’apprêtait à redescendre, quand le roitelet qui s’était caché sous l'une de ses ailes, s’élança de sa retraite et s’éleva bien au-dessus de lui; il fut proclamé le roi ou plutôt le petit roi des oiseaux et c’est pour cela qu’il est désigné dans nombre de pays par un nom qui fait allusion à cette royauté 3. D’après une version des Côtes-du-Nord, lorsque Jésus-Christ était sur la terre, il assembla tous les oiseaux et leur dit que celui qui volerait le plus haut serait leur roi: l’aigle s’éleva à la plus grande hauteur ; mais la petite « bérée » s’était mise sur sa tête, et quand l’aigle fut hors d’haleine, elle s’envola en l’air bien audessus de lui 4.

Un récit de Basse-Bretagne explique pourquoi le pivert vole de haut en bas ; lorsqu’il vinten Armorique, il était en compagnie de la huppe; mais il se trouva très fatigué en traversant la mer, et il se serait noyé si la huppe ne lui avait rendu courage par ses cris en l’appelant chaque fois qu’il faiblissait6.

Une légende du pays messin raconte que la buse étant allée porter au paradis une pétition demandant que les enfants marchent en venant au monde, le bon Dieu lui donna une lettre agréant la requête des

1. Paul Sébillot. Contes des ■provinces de France, p. 124-127 ; M. M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 264-5 ; Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 637.

2. Richard. Trad. de Lorraine, p. 82; Goudé. Histoires et lég . de Châteaubriant , p. 37-38 ; Moysan, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 441.

3. A. de Gubernatis. Mythologie zoologique, t. Il, p. 219 ;E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 293.

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