‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 156 sur 506 · Yves Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p · texte numérisé non relu

Yves Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p

LES OISEAUX SAUVAGES

femmes, à condition qu’elles ne coucheraient plus avec leurs maris. Elles ne voulurent pas y consentir, et refusèrent de payer le messager qui ne leur avait pas apporté de bonnes nouvelles. Alors la buse leur dit qu’elle se paierait en prenant les poules et les oies1.

Des oiseaux sont torturés ou respectés en raison de circonstances qui se lient parfois à la légende dorée : Suivant une tradition du Berry la pie grièche apporta les épines dont fut couronné le Christ ; aussi lorsque les petits paysans en attrapent une, ils lui font subir la peine du talion, en lui enfonçant dévotement des épines ou des épingles dans la tête '2. L’hirondelle, au contraire, est venue enlever, une à une, dans son bec, les épines qui déchiraient le front de Jésus : dans les villages de Wallonie celui qui abattrait son nid passerait pour sacrilège, et l’on croit qu’il s’attirerait infailliblement la punition du ciel ; la même légende est populaire en Saintonge 3.

L’usage de laisser debout, lors de la cueillette du chanvre, un ou deux des plus beaux pieds mâles, pour que le martinet puisse s’y reposer, existe dans plusieurs pays ; des légendes normandes en expliquent l’origine en même temps que celle du nom de l’oiseau. Le premier laboureur qui cultiva le chanvre se trouva dans un grand embarras lorsque la graine commença à atteindre sa maturité. Une multitude d’oiseaux venaient la dévorer, et il était obligé, pour les éloigner, de rester en faction, même les dimanches et fêtes. Enfin il implora le grand saint Martin, et un dimanche il vit tous les oiseaux du voisinage se rassembler dans une grange ouverte, et y rester tant que durait l’office. Ce miracle se continua jusqu’à la fin de la récolte, et il suffisait d'une simple herse de laboureur placée à l’entrée de la grange pour y contenir les oiseaux. Seul le martinet s’échappait quelquefois et sautait entre les dents de la herse, mais il ne faisait aucun dommage aux champs. Dans le Bocage normand, on dit que le martinet rendit au laboureur un service plus direct; envoyé par le saint, il délivra pour toujours son champs des bandes de pillards 4.

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