ERREURS ET CROYANCES
Souffle1. Deux vers de Villon parlent d’une singulière habitude du butor qui ne semble plus connue :
Quatre mois soit en ung vivier chantant La teste au fond, ainsi que lé butor2.
La façon dont les oiseaux se servent de leurs ailes, la hauteur de leur vol, sont l’objet d’explications ou de préjugés traditionnels. Les marins croient que la caille, fatiguée, se pose sur la mer et se laisse pousserpar le ventavec une aile relevée en guise de voile3. Les alouettes volent toujours haut, dit-on en Franche-Comté, parce qu’elles vont boire au-dessus du temps (ciel) ; Dieu les a condamnées à y aller pour les punir de ce que en volant, elles disent toujours: « Bougre, bougre, bougre de mâtin.4» Dans le pays de Tréguier on explique autrement cette particularité : au temps des premiers hommes, l’alouette allait ouvrir la porte du ciel à l’âme des morts ; c’est de là que lui est venu son nom de Alc'houeder, porte-clefs. Elle faisait deux voyages par jour, le matin pour ceux qui mouraient dans la nuit; le soir, pour ceux qui mouraient le jour. Mais quand Jésus-Christ monta au ciel, il ne voulut plus d’elle pour portière parce qu’elle jurait souvent : Diu ! et il la remplaça par saint Pierre. Depuis, de temps en temps, elle veut encore pénétrer au séjour céleste et on la voit monter à perte de vue en chantant et en protestant qu’elle ne jurera plus; mais quand elle a vainemeut supplié saint Pierre, elle se met en colère et redescend à tire d’ailes en jurant de plus belle5. En Beauce elle s’imagine, pouvoir monter jusqu’au ciel6. En Languedoc, les hirondelles semblent dans leur vol capricieux, rapide et continu, éviter un invisible ennemi, acharné à les poursuivre, et cet ennemi, c’est le drac7.
Plusieurs oiseaux de proie fascinent, dit-on, les bêtes qu’ils veulent prendre en décrivant autour d’elles des cercles concentriques de plus en plus rapprochés ; des noms y font allusion, tels que celui d’endormeur de mulots donné en Beauce à la crécerelle ; dans la Gironde, l’épervier charme les oiseaux qu’il veut manger ; on prétend en Haute- Bretagne qu’il bat des ailes pour les endormir, et qu’il leur dit :
Sauvez-vous où vous voudrez,
Plus je serai haut, mieux je vous verrai8.
En Basse-Bretagne le corbeau qui s’approchera sans crainte d’un