Dom Le Pelletier. Dict. de la langue bretonne
8. L. Joubert. Seconde partie des erreurs populaires, 1580, p. 184 ; P. Fagot. Le Folk-Lore du Lauraguais, p. 315.
Malfaisances des bêtes
en Hainaut d’une personne chauve que les chauves-souris lui ont pissé sur le crâne ; en Lorraine, si en volant le soir cette bête fait ses excréments sur la tête nue d’un enfant, il ne tardera pas à avoir la teigne ; en Alsace, pour se garer de ce danger ou de la calvitie, les enfants qui se trouvent sans coiffure s'empressent de se couvrir la tête avec les deux mains quand une chauve-souris vole autour d’eux. A Lille, on s’imagine que ces vespertiliens cherchent à s’accrocher dans la chevelure des hommes et des femmes ; en Haute-Bretagne, comme en Wallonie, si l’un d’eux y a réussi, on est obligé, pour l’ôter, de couper les cheveux de sa victime1.
On croit aussi que le simple attouchement amène des inconvénients ou des maladies ; en Beauce celui qu’une chauve-souris heurte à la figure devient aveugle. En Poitou si une belette passe sur le dos d’une personne ou d’un animal, ils ne pourront se relever, ou tout au moins ils éprouveront une déviation de la colonne vertébrale. En Franche- Comté, elle paralyse le porc des deux jambes ; en Haute-Bretagne, le cochon crève si une musaraigne s'est promenée sur son dos ; le moins qui puisse lui advenir, c’est d’être emmuseraigné, c’est-à-dire paralysé2. D’après une ancienne croyance de l’Alsace, les œufs de cigogne étaient frappés de stérilité dès qu’une chauve-souris les avait touchés ; pour en préserver la cigogne, on disposait dans son nid quelques rameaux d’érable ; la vertu de ce végétal détesté des vespertiliens lui interdisait de s’y introduire 3.
Suivant un préjugé qui jusqu’ici n’a été relevé que vers le Centre, le seul contact d’un animal peut provoquer une grossesse qui est suivie d’un accouchement monstrueux. En Auvergne, une femme ou une fille qui met le pied sur un hérisson, dans les champs, devient enceinte et, au bout de neuf mois, accouche de hérissons en grand nombre ; dans la Haute-Loire, il suffît qu’une femme, à l’époque de ses mois, passe sur un hérisson caché sous des feuilles pour qu’elle devienne grosse ; six semaines après, elle fait un plein panier de petits hérissons. C’est peut-être à cette étrange idée que fait allusion le mot Jane d’eurson (enfant de hérisson) que l’on adresse comme injure aux enfants dans le pays messin 4.
Ce petit mammifère est taxé de bien d’autres malfaisances : Dans
1. E. Rolland. Faune pop., t. I, p. 7 ; Alfred Harou. Le Folklore de Godarville , p. 17 ; Richard. Traditions de Lorraine, p. 80 ; E. Rolland, 1. c.; Paul Sébillot. Trad. t. 11, p. 94 ; A. Harou, 1. c.
2. Félix Chapiseau. Le Folk-Lore de la Beauce, t. I, p. 275;B. Souché. Proverbes, p.
4; Variétés bibl. 1. 11, col. 25, d’a. la Démocratie franc-comtoise; Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne , t. II, p. 112 ; F. Duine, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 248.