Noël du Fail, Œuvres , t. I, p. 31, éd. Assézaf
LÉS OISEAUX SAUVAGES
Voici, à titre de spécimens, quelques-uns des augures contemporains : En Haute-Bretagne, la chouette qui chante le soir, la grive au haut d’un arbre, le rouge-gorge chantant de bon matin, présagent du beau temps, comme dans les Vosges les ramiers qui roucoulent et gagnent les montagnes, les hirondelles qui s’élèvent à perte de vue. On peut s’attendre à la pluie, lorsque le merle et surtout le pivert chantent, que les corneilles volent par groupes, que les mouettes picorent les vers à terre, que les corbeaux croassent près des cours d’eau, que les geais et les pies se querellent, que les hirondelles rasent la terre, etc.1; à du vent, si les mouettes battent de l’aile au-dessus des maisons, si les culs-blancs rasent la terre, si les pies vont au devant les unes des autres et sont plus bavardes que d’ordinaire, si les hirondelles se rapprochent des arbres2.
Quand les étourneaux sont en bande, l'hiver sera rude ; le chat-huant et la chouette annoncent le froid, comme la grive en Périgord, et en Haute-Bretagne les merles qui galopent en criant le long des haies 3.
En Berry, en Rouergue et en Saintonge, les pies construisent leurs nids dans les basses branches des arbres lorsque l’année doit être orageuse ; si elle doit être calme, elles nichent tout à fait au sommet4 5.
On rencontre dans le Centre une consultation par les entrailles des oiseaux : les chasseurs examinent les premiers canards tués à l'automne : si le sternum ou brechet est rouge, l’hiver sera rude, s’il n’est que partiellement rouge, l’hiver ne sera que partiellement froid s.
Dans les Vosges, rêver d’oiseaux présage la joie. Au XVIIe siècle l’augure était aussi d’ordinaire favorable, à moins qu’il ne s’agît de corbeaux6. A l’époque de la Renaissance les présages étaient analogiques :
Mais s’il songeoit une grue ou un cygne Ou le pluvier, ce luy seroit signe De voyager.
En Nivernais si un homme rêve que le coucou chante, c’est que sa femme le trompe ; si une femme fait le même rêve, elle doit se défier des mauvaises langues ; elle est ou va être accusée près de son mari 7.
1. Paul Sébillot. Trad ., t. II, p. 165, 182, 209; L.-F. Sauvé. Le F. -L. des Hautes- Vosges, p. 138; Paul Sébillot, ibid., p. 189, 205, 166, 195, 184; E. Rolland (hirondelles), 1. c., p. 315 (Nord).
2. Paul Sébillot, ibid ., p. 195 ; Légendes de la Mer, t. II, p. 215.
3. Paul Sébillot. Trad., p. 175, 163 ; E. Rolland, 1. c., p. 235 ; Paul Sébillot, 1. c., p. 189.
4. Laisnel de la Salle. Croy. du Centre , t. Il, p. 282 ; E. Rolland, 1. c., p. 139.