‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 190 sur 506 · SORCELLERIE ET MÉDECINE · texte numérisé non relu

SORCELLERIE ET MÉDECINE

La pie est l’oiseau sauvage qui a le plus d’accointances avec les suppôts du diable ; on dit en Poitou qu’elle obéit aux sorciers et leur sert de messagère lorsqu’ils veulent jeter des sorts sans être vus. Dans le Bocage vendéen deux filles se transformèrent en pies pour arracher tous les jeunes choux que l’on venait de planter dans un champ. A Toulouse, on prétendait que les pies allaient au sabbat le jour de la Transfiguration, et que toute cette journée on en voyait très peu. On dit en Haule-Bretagne que les geais sont sorciers; peut-être n’esl-ce qu’une allusion aux malices qu’ils font aux bêtes et aux gens1.

Les campagnards foréziens donnent le nom de Chèvre-Martine à la bécassine dont le cri lugubre consiste en un bêlement plaintif, et ils disent que c’est la femelle du diable qui crie ainsi 2.

Certaines parties des oiseaux étaient ou sont encore employées dans les enchantements : au XVIIe siècle, on disait qu’il fallait, pour se rendre invisible, porter une perruque faite des cheveux d’un pendu et arrosée du sang d'une pupu (huppe). On croyait empêcher les gens de dormir en mettant dans leur lit un œil d’hirondelle ; cent ans plus tard, c’étaitun nid. Cette superstitiona disparu ous’est modifiée ;dansles Vosges, un œuf de cet oiseau placé dans le lit produit le même résultat3. Les anciens sorciers s’aidaientpour leurs enchantements de la tête d’un corbeau. Au XVIe siècle, on faisait porter à un homme marié le cœur d une caille mâle et à sa femme celui d’une caille femelle afin qu’ils vécussent toujours en paix. En Corse pour obtenir l’objet de tous ses vœux, on arrache la langue d’un vautour, sans couteau ni instrument, on l’enveloppe dans du linge neuf, et on la met à son cou. En Saintonge, celui qui portait des yeux de huppe dans le creux du nombril disposait, rien qu’en le regardant, son ennemi le plus acharné à se réconcilier avec lui. La tête de cet oiseau mise dans une bourse de peau de taupe préservait de la ruse et de la fraude des marchands4.

La chair ou le sang des oiseaux peut exercer sur la santé, le bonheur ou les passions une influence qui est parfois considérable. Il en est dont la viande est pour ainsi dire tabouée ; dans la Gironde on ne doit pas manger l’hirondelle parce qu’elle est un oiseau du bon Dieu ; en

1. Léo Desaivre. Etudes de Myth., p. 12 ; Jehan de la Chesnaye, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 468; E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 139, d'ap. Poumarède; Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 179.

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