H. Carnoy, in Romania, t. VIII, p
LËâ OISËAITX SAü'VAèÊâ
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successivement prendre la forme humaine ou celle de cygnes ; mais cette faculté était subordonnée à la possession de chaînes d’or. Lorsqu’elles leur ont été enlevées ils sont forcés de rester oiseaux, mais :
En cigne fut lor suerz muée ;
Gigue et famme estre pooit Por ce ke la chaaigne avoit1.
Voici comment on racontait à la fin du XVIIe siècle une légende de métamorphose volontaire de fées en oies sauvages, qui était localisée à l’ancien château de Pirou sur la côte de Basse-Normandie, que les bonnes gens du pays croyaient avoir été bâti par les Fées : Ils disent que ces Fées qui étoient filles d’un grand Seigneur du Pais célèbre magicien, se métamorphosèrent en Oyes sauvages quand les Normands descendirent à Pirou, et que ce sont ces Oyes-là mêmes qui reviennent tous les ans faire leurs nids dans cet admirable château. Au pied des murailles, on compte dix-huit ou vingt niches de pierre où l’on a soin tous les ans de mettre des nids faits de paille ou de foin pour les oyes sauvages qui ne manquent pas, le premier jour de Mars, de venir la nuit faire plusieurs rondes autour du château pour voir si leurs nids sont prêts.... Les spéculatifs du pays prétendent que c’est bon signe quand il vient à Pirou un grand nombre d’oyes sauvages. Le seigneur de ce château qui a grand soin que leurs nids soient bien molets et que la nourriture ne leur manque point, nous a mandé qu’il en a paru cette année une infinité, et qu’il en est sorti plus de cent petits de dessous les ailes des mères, d’où l’on conjecture que l’année sera bonne ou que nous aurons la paix. Ces oiseaux présageaient la destinée de ceux de la famille qui naissaient dans ce château : J’ai connu, dit Marville, un vieux Gentilhomme Bas-Normand qui disoit qu’estant enfant, il avoit apris à lire dans une très ancienne chronique, qui raportoit que quand il naissoit un enfant dans l’illustre maison de Pirou, les mâles de ces oyes paraissoient revêtus de plumes grises, et prenoient le dessus du pavé dans les cours du Château ; mais que quand çétoit une fille, les femelles en plumes plus blanches que neige, prenoient la droite sur les mâles. Et que si cette fille devoit être Religieuse, on remarquoit une de ces oyes entre les autres, qui n’aïant point de mâle ne nichoit point, mais demeuroit solitaire dans un coin, mangeant peu, et soupirant dans son cœur je ne sai pourquoi 2.
En Haute-Bretagne une autre métamorphose volontaire était assez célèbre pour devenir le surnom d’une ville : une jeune fille, pour échapper au déshonneur avait supplié saint Nicolas de la changer en cane ; dans une autre légende du littoral, c’était sainte Brigitte qu avait invoquée une jeune fille poursuivie par un seigneur ; toutes les deux
i. Li Romans de Dolopathos, p. 334. „
g, De Vigneul-Marville. Mélanges d'histoire et de littérature , 1699, in-12, p. 121-1-2&.
l’âme SOtlS FlGtRE ü’oiSEAÜ
revenaient à jour fixe à leglise ou à la chapelle de leur patron *.
Une légende poitevine de ville engloutie présente un épisode unique en France ; trois femmes qui malgré la défense qui leur a été faite, se sont retournées au moment de la catastrophe sont transformées en grues 1 2.
Certains actes peuvent faire revenir à son état naturel la personne métamorphosée : Une princesse changée en cane sauvage par la malice des démons reprend sa forme quand un meunier, la voyant sur un étang, a tiré sur elle. Il est vraisemblable, quoique le récit ne le dise pas expressément, qu'elle avait été blessée à sang, et que c'est à cetle cause qu’elle devait, comme les lycanthropes, sa délivrance. Dans un conte de la vallée d’Aoste, un oiseau d’une espèce non désignée a été un homme et il est condamné à transporter les voyageurs dans une île, jusqu’à ce que s’accomplisse une condition qu'il ignore, et qu’il prie celui qu’il passe de découvrir3.
La conception d’après laquelle l’âme se présente sous l’aspect d’un oiseau a été souvent relevée. Suivant une croyance bretonne, après qu’elle s’est dégagée des liens du corps, elle monte au ciel sous forme d’alouette pour recevoir son jugement; en Haute-Bretagne lame de ceux dont l’agonie a été pénible, et qui sont morts sans avoir obtenu la rémission de leurs péchés, quitte le cadavre sous l’apparence d’un corbeau, et ceux qui sont en la grâce du bon Dieu le voient s’envoler4. En Basse- Bretagne, les âmes des gens dont Dieu ne sait pas, au moment de leur mort, s il les sauvera ou s’il les damnera, sont condamnées à rester sur la terre sous la forme de corbeaux, jusqu’au jugement dernier. Une idée apparentée semble exister en Languedoc, bien qu’elle ne soit pas exprimée avec autant de précision : en voyant passer un corbeau, les enfants disaient : « C’est un mauvais prêtre ; » une corneille : « C’est une mauvaise nonne 5. » Les âmes en peine dont la mer garde les corps se montrent sous l’aspect d’oiseaux maritimes : sur la côte bretonne, ce sont d ordinaire des goélands, et les oiseaux noirs qui voltigent près des navires terreneuvats sont de méchants capitaines, ou les âmes des
1. Paul Sébillot. Petite Légende dorée , p. 115-121. Le P. Barteuf avait publié en 16,52 le Récit véritable de laVenue d'une canne sauvage en la ville de Montfort, qui a été réimprimée par M. Jouon des Longrais (Jacques Doremet sa vie et ses œuvres. Rennes, 1894, in-18), qui a donné de curieuses notes sur cette apparition, les chansons et les cantiques qui s’y rattachent. Jusqu’à la Révolution la ville s’est appelée Montfort-la-Cane.