‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 196 sur 506 · J. -J. Christillin. Dans la Vallaise, p · texte numérisé non relu

J. -J. Christillin. Dans la Vallaise, p

LÉS ÔtsËAUX RÉVÉLATEURS

alors qu’il ira en enfer s’ils tombent dans le chemin qui longe le cimetière. Quand ces reliques ont été placées en équilibre, un corbeau noir leur donne un coup d'aile, et les fait pencher du côté de la route ; la colombe blanche, d’un vigoureux coup d’aile, les rétablit dans leur première position et, après une longue lutte, avec des chances diverses, elle fait basculer dans le cimetière les restes de l’ermite qui, dès lors, est sauvé. Le même épisode figure dans le gwerz de Marie Quelen, où le cœur d’une fille infanticide est aussi déposé sur le mur du cimetière b En Wallonie les sorciers empruntent la forme du corbeau et parfois ils parlent 2.

Dans les voyages vers le soleil, figurent des corbeaux qui se battent en un endroit situé en dehors de notre terre ; d’après une version de l’Ille-et-Vilaine, ce sont des âmes qui tombent en enfer ; suivant un conte breton, des époux qui, pendant leur vie mortelle, faisaient mauvais ménage 3. Le héros d’une légende alsacienne voit dans le pays des morts deux corbeaux qui se battent avec acharnement: ce sont deux frères qui, de leur vivant, se sont haïs4. Le garçon qui voyage vers le soleil voit trois troupes d’oiseaux qui sont des âmes et qui portent des feuilles de laurier : les premiers ont été distraits à la messe, les seconds y ont été plus attentifs, mais pas assez; aussi sont-ils en Purgatoire et leurs feuilles leur échappent ; les troisièmes qui n’ont pas laissé tomber à terre leur laurier, y ont assisté pieusement. Deux colombes noires, que des colombes blanches passaient par le feu, étaient ses père et mère qui, après avoir été purifiés de leurs péchés, s’en vont en paradis 5.

On a vu dans les sections précédentes nombre d’interprétations du chant des oiseaux. On a cru au moyen âge que des gens pouvaient suivre leur conversation et en faire leur profit6 7. Cette donnée figure dans plusieurs contes. On y trouve aussi des oiseaux qui révèlent des crimes, parfois même à des gens qui n’ont pas appris leur langue. Ceux qui par leur chant dénoncent les mères infanticides sont souvent apprivoisés : toutefois dans la vallée d’Aoste un blanc coucou révèle les circonstances du meurtre, et en Haute-Bretagne un petit oiseau répète à une fillette : Tu cuis ton petit frère1 !

1. F.-M. Luzel. Légendes chrétiennes, t. I, p. 173, 278 ; Gwerziou Breiz-Izel, t. I, p. 95.

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