LES ŒUFS
Les œufs qui tiennent si peu de place dans le folk-lore des oiseaux sauvages, en occupent une très grande dans celui de la basse-cour. Ils sont 1 objet de la préoccupation constante des fermières, et depuis le moment où la poule les a pondus jusqu’à celui où ils éclosent, d’innombrables pratiques ont pour but de les préserver de toute fâcheuse influence, et même d’attirer sur eux la protection des puissances surnaturelles.
On n a jusqu ici relevé qu’un petit nombre d’observances relatives aux œufs pendant la période qui précède celle où ils sont placés sous la femelle ; la seule qui présente quelque intérêt est usitée en Tarn-et- Garonne où l’on apporte en offrande les œufs d’oie destinés à être couvés : bénis par le prêtre, ils sont vendus à l’encan à la porte de église , ceux qui ont été offerts aux croix des Rogations, ou mis dans le bassin des œuvres du Purgatoire sont achetés chèrement, et l’on prétend que leur éclosion réussit mieux 2.
Plusieurs pratiques influent sur la production des œufs : dans 1 Yonne, la Gironde, le Perche, etc., pour que les poules soient bonnes pondeuses, on leur fait manger des crêpes le jour de la Chandeleur; en Poitou, c est la première crêpe de Carnaval. Dans ce pays, si on apporte dans la maison des fleurs de coucous, les poules cessent de pondre ; celles auxquelles on jette des coques ne pondront plus ou mangeront leurs œufs. Aux environs de Dinan on emploie divers procédés pour faire cesser la ponte : celle à qui on fait avaler du poivre ne songe plus dès lors qu’à son coq ; un crapaud placé dans le poullailler fait qu’aucune poule n y pond plus3. Au moyen de pratiques que connaissent les « devins » on peut jeter un sort sur celles de son ennemi, et pendant
Antonin Perbosc , in i La Tradition, 1904, p. 237 ; L.-F. Sauvé, in Revue Celti- « V’ P' 191 ; Paul Séblllot- Trad., t. II, p. 141 ; Contes, t. I, p. 17: B. Souché. Proverbes , p. 15.