L.-F. Sauvé, in Rev. Celtique, t. VI, p
4. H. Le Carguet, in Rev. des Trad . pop., t. XIX, p. 26 ; B. Souche. Croyances , P- 27.
5. Antonio Perbosc, in la Tradition, 1904, p. 273 ; Coundes Biarnès, p. 118.
tËS PRÉNOMS t>ÈS BÊTES
Dans quelques parties de la montagne en Velay et en Forez les paysans s amusent à chanter des couplets dans lesquels diverses bêtes racontent leurs gestes ; parfois chacune des espèces se sert du langage spécial a tel ou tel village. Voici ceux de ces morceaux. qui se rapportent au nevre, au loup, et à l 'écureuil :
Chi dhigait le lebraut — leu van bien a sant leu van d'un cainre à Vantro Per me cacha Quand le ckassainre passa - Tache de ne pu montra.
Chi dhigeait le loup : — leu vivou en peurou U uno parzado a Vantro — Me cha be dimpacha Parça que chi m'altrapavant - M' impur gnariant pa.
Chi dhigait Vinchiren : - leu maulro bien moun quion ,
G^mpoj/, dun abre en Vantro , — Nen lève moun plumé, i tant que leu le leve — Nen mautro moun boufê (soufflet) *.
L’usage de placer une sorte de nom de baptême devant celui qui désigné 1 espece des beles sauvages est assez peu répandu, si l’on en uge par ce qui a été recueilli jusqu’ici ; il semble qu’en dehors de la péninsule armoricaine, on n’y a guère pris garde ; pourtant quelques traits releves dans d’autres provinces montrent qu’il a dû aussi y exister. Un dicton de la Haute-Bretagne réunit les noms et les prénoms de trois betes de mauvaise réputation :
Glaume le Leu,
Pierre le Renard
Et Jacques la Fouène (fouine)
Sont trois bon gâs2.
Le loup a, en Basse-Bretagne, toute une série d’appellations : au XVU
1. V. Smith. Fragments de Bestiaires chantés, in Romanin i vnr r. ioo
2. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne t II n qa lîn ’ P’k
associe aussi au point de vue de la malfais/n™ i" ’ 9b- proverbe provençal
ra9uino ,-enva Jaù-elou mal iS» (Mistral ÎSocl T™ £'T“V “ "Tt ‘ « qmdifi'aüons données dan., le Roman de Renan (branche' XXV , éf lLtaT î p* 355, V. 27 et .u.vj, aux bons compagnons qui jouent une andouïlle l U malelie’) Li uns est li frémis Fremonz,
Blans li hermines li seconz Et li tiers fu Thieberz li chaz,
Et Roz li esquiriaux li quarz.’
Beaucoup des héros de cette épopée ont une sorte de prénom Gaston Pans disait en parlant de ces aonpllniirm» . ,
qu’à des animaux avec lesquels l’homme esf dans nnp Ü 8 .“oms,ne s appliquent qu’il éprouve le besoin d’interpeller C’est ainsi mt’nn a ,a“ll|ante affectueuse, et
plus zélés n’ont Das anfpifp S°^ ^ar ^6S ^et*"res ^ mes correspondants les
Ëdmon l'un des mu™ d.d/^»0"TUI eMmp,es' et lout dernièrement M. Ed.
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le§ Mammifères sauvages
siècle, on le nommait Guillou ar bleiz, Güillaouic ar bleiz, Guillaume ou petit Guillaume au loup; actuellement c’est Guillou Rous, Guillaume le Houx, ou simplement Guillou , et Guilleu, qui est la forme vannetaise *. En Forez, il porte le nom de Gabriel1 2 Dans le pays de Tréguier Yann ar Bleiz , Jean le loup, ou Y'ann tout court, est un surnom donné aux individus qui, comme ce carnassier, sont doués de peu de Finesse 3.
Le renard était nommé au XVIIIe siècle, Alanic al Louarn , petit Alain le Renard ; c’est actuellement Alanic tout court ; en Haute-Bretagne, c’est Pierre le Renard4. Dans les Pyrénées, Marti est un des noms de l’ours, qui au moyen âge et depuis, a souvent été appelé Martin 5 *.
La désignation de ces animaux est parfois basée sur une particularité physique : dans les Côtes-du-Nord, le loup se nomme Quette (patte) grise, ou Compère quette grise ; en Provence, c’est lou pèd descaus ; en Béarn, le pèc-descausse , le pied déchaussé, est le lièvre fi.
Suivant une croyance plus effacée chez nous que dans bien d’autres pays, il est prudent de s’abstenir de donner leur véritable nom aux animaux réputés dangereux ou malfaisants. Celui dont il aurait été question pourrait entendre même au loin, et se montrer presque aussitôt7. Le vieux proverbe : Quand on parle du loup on en voit la queue, se rattache peut-être à cette idée. C’est pour empêcher les dégâts que serait tenté de commettre la bête redoutée qu’on emploie un sobriquet, ou une périphrase lorsqu’il est nécessaire de l’indiquer.
Un lexicographe du XVIIIe siècle constate en ces termes ce préjugé dont il a relevé plusieurs exemples : La superstition de nos Bretons fait qu’ils n’osent nommer par leur nom propre et ordinaire, les bêtes nuisibles, de crainte qu’étant nommées, elles ne viennent faire du mal
1. Grégoire de Rostrenen. Dictionnaire françois-celtique ; L. -F. Sauvé. Lavarou Koz p. 80.
2 F. Noelas. Légendes foréziennes, p. 266. n.