‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 233 sur 506 · LE COQ RÔTI QUI CHANTE · texte numérisé non relu

LE COQ RÔTI QUI CHANTE

voici en substance : un jeune ouvrier lillois qui rentrait d'habitude tard le soir, voit, au moment d’arriver chez lui par une nuit sombre, une douzaine de petits poulets qui, par leurs cris, semblaient le prier de les prendre ; il les met dans sa blouse, mais quand il l'ouvre pour les montrer à sa mère, il s’en échappe douze tètes de mort qui vont §e placer sur les meubles ; par le conseil du curé, U \u les reporter, entre minuit et une heure, à l’endroit où il a vu les poussins, et les têtes de mort se transforment en oiseaux qui s’envolent ; dans la version liégeoise, un ivrogne emporte les poussins qui, au logis, deviennent des ossements et non plus des têtes de mort ; par le conseil du curé, il va les remettre dans le cimetière, mais il reçoit une formidable raclée de mains invisibles1 2.

Les Juifs d’Alsace racontaient que pendant les jours terribles un bedeau fut assailli par une troupe d’oies blanches, pécheurs ainsi métamorphosés et en peine, qui tournaient autour de lui en poussant des cris lamentables ; ils l’accompagnèrent jusqu’à la synagogue et ià disparurent subitement sous terre pour reparaître au même endroit les jours suivants 8.

D’après les démonologistes, le diable assistait parfois au sabbat sous l’apparence d’une poule3.

Plusieurs récits d’Alsace parlent de sorcières qui empruntent la forme de volatiles domestiques : un homme du guet ayant rencontré un énorme canard qui battait des ailes le jeta dans le soupirail de sa cave qui était ouverte. Le lendemain il y vit sa femme qui boitait et qui l'accabla d’injures et d’insultes4 5 *.

On trouve dans la tradition contemporaine des parallèles d’une légende célèbre au moyen âge, qui figure aussi dans les complaintes du Pèlerinage de Saint-Jacques et dans les images populaires : un pèlerin innocent ayant été pendu ne mourut pas grâce à la protection de l'apôtre; ses parents étant venus raconter ce miracle au juge, celui-ci s’écria: « Si côla est vrai, je veux que le coq qui tourne embroché saute sur la table et chante ! » ce que fait aussitôt le coq par permission divine D. Dans un gwerz breton, un personnage dit qu’il n’ajoutera pas foi à ce qu’on lui dit, à moins que ne chante le chapon rôti qui est sur la table ; à peine avait-il dit ces mots que le chapon chanta sur le plat d’une voix claire. Une des oies de saint Seny ayant été volée, le saint

1. Desrousseaux. Mœurs de la Flandre française, t. Il, p, 321-322; Joseph Vrindts, in Wallonia , t. Il, p. 161.

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