‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 241 sur 506 · ERREURS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

ERREURS PHYSIQUES

Ainsi qu’on l’a vu dans la légende picarde de la p. 255, les serpents avaient autrefois des pattes. Les paysans poitevins croient encore qu en 011 *- quatre,, dont ils servent pour sauter, et qui, d’ordinaire, restent cachées sous la peau ; c’est pour les voir que les enfants font griller les reptiles qu’ils assomment, croyant que le feu les oblige à les attirer. Dans la Vienne, on prétend qu'une certaine espèce de couleuvre (coluber viridi flavus) a deux pattes, et quelle peut à volonté les faire sortir de son corps pour courir avec plus de vitesse. Les paysans des Deux-Sèvres accordent une grande agilité aux serpents; certains prétendent avoir été poursuivis par des reptiles qui sautaient sept sillons d’un coup ; quand on est pourchassé par eux, il faut suivre les sillons et ne pas chercher à couper au travers 1 .

Les reptiles sont 1 objet de diverses autres croyances singulières. Les paysans de la Gironde attribuent deux queues à la vipère; en Illeet-1^ daine, 1 orvet a deux têtes dont l’une veille, tandis que l’autre dort ; dans la Creuse, s il est cassé en deux, il donne naissance à un individu sans yeux dont on doit éviter la rencontre. En Poitou, quand on coupe un serpent en plusieurs morceaux, ses fragments se rapprochent, finissent par se recoller et l’animal apparaît bientôt tel qu'il était tout d abord. On sait que la queue du lézard, par une sorte d’action réflexe, remue pendant quelques instants après qu’elle a été détachée du corps ; les gamins de Marseille croient que cette queue qui s’agite tant jure le nom de Dieu. Dans la Creuse, la tête de la vipère séparée du tronc silïle encore pendant quinze jours ; en Poitou il faut écraser la tête d’un sp,1 pent pour le tuer tout à fait. C’était un préjugé courant au XIIIe siècle ; on lit dans les mémoires de Joinville que : qui vouloit tuer premier le serpent, il li devoit escacher le chief2. Dans la Gironde on recommande d’enterrer le serpent qu’on a tué, car si ses arêtes piquaient les pieds, il y viendrait du mal. En Poitou la vipère attend sa mort ou celle de son agresseur, elle ne fuit pas ; quand on tire sur un serpent, le lusil éclate h On croit en Haute-Bretagne que la carapace des tortues est si solide qu’une charrette peut passer dessus sans 1 écraser4. Les paysans vosgiens prétendent que les serpents changent de peau à chaque nouvelle lune ; ceux du pays de Liège, que la couleuvie en mue tous les sept ans, et que l’on connaît son âge aux anneaux qui recouvrent sa peau5. D’après une croyance wallonne

1. Léo Desaivre. Croyances, p. 29; E. Rollaud. Faune pop., \ HJ, p. 34, 24. r ,jr' Daleau- Trad. de ta Gironde, p. 61 ; E. Rollaud. Faune pop , t. 111, p. 21 ■ 272 - F Rnif- S rTnces’ P- ^ ; Kegis de la Colombie. Les Cris de Marseiîle, p.’

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LES REPTILES

on trouve dans les os de la grenouille les instruments de la Passion On dit en Haute-Bretagne d’un couleau bien aiguisé qu’il coupe comme un v’lin (reptile), peut-être par allusion au pouvoir attribue aux animaux à sang froid de rendre les outils plus tranchants. En Ille-et- Vilaine, la faucille qui a coupé un crapaud sera en meilleur état pendant toute la moisson. Dans le pays de Liège, la langue de la couleuvre est utilisée pour aiguiser les faux -.

On sait qu’un chœur de grenouilles ligure dans la comédie athenienne oui porte leur nom ; il est fort possible que l’idée en ait été suggérée à Aristophane par une interprétation populaire de leur coassement, apparentée à celles qui sont usitées en plusieurs pays. Parfois c’est une petite saynète où le dialogue s engage entre un coryphée et une sorte de chœur. Dans le pays fougerais, la première grenouille qu'on entend le soir est la reine et elle dit aux autres :

Qu’est-ce qui lavera L’écuelle au roi?

Alors toutes de répondre :

Ça n’est pas ma,

Ni ma, ni ma, etc.

Jusqu’à ce qu’elles soient endormies l’une après l’autre ; alors leur prière est finie. A Genève, on traduit ainsi leur coassement :

Le roi Est allé,

Où ! où!

A Cognac3 !

Ainsi qu’on le verra à la section des contes, des gens savent comprendre ces bêtes et se faire entendre d’elles. On interprète aussi par des espèces d’onomatopées les coassements des batraciens : en Haute- Bretagne le crapaud répète pour annoncer la pluie : Klouk ! klouk ! il en est de même dans le Midi :

Quand canto le grapaud Dits : Plau ! Plan ! Plau !

La grenouille répète : Lous leus , tous meus , lous teus , lous meus , lous tsus ^ •

Aux environs de Dinan, on entend quelquefois sortir de dessous terre une musique délicieuse ; ce sont les crapauds qui chantent.

Je parlerai ailleurs des récits populaires qui rapportent que des seigneurs obligeaientleurs vassaux à battre l’eau pour les faire taire Les

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