Etienne de Bourbon. Anecdotes, p
6. Ch. Thimet. Trad,. du Doubs, p. 287-289; F.-M, Luzeb Légendes chrétiennes ,
t. II, p. 183 et suiv, . , .
LES REPTILES
Dans un petit conte du Forez, trois frères en train de manger un poulet aperçoivent leur père, et pour ne pas partager le plat avec lui, le cachent dans une armoire ; quand ils l’ouvrent après que le bonhomme s’est éloigné, il n’y avait plus dans l’assiette qu’un hideux crapaud noir. Un récit de l’Albret roule sur ce même thème : un fils avare ayant reçu la visite de ses père et mère au moment où il faisait cuire un poulet, ordonna à sa femme de le cacher entre deux assiettes ; lorsque les vieillards partis, les jeunes gens voulurent le manger, ils trouvèrent une vilaine bête tatouée qui se cacha sous la vaisselle; Dieu pour punir le mauvais fils avait fait du poulet une tortue et des deux assiettes la carapace1 2. Dans une chanson de la Corrèze, à la première bouchée que veut manger un fils qui a refusé l’aumône à son père, il en tombe un serpent3.
Le crapaud est, en d’autres cas, une sorte de justicier : en Haute- Bretagne une fille maudite par ses parents, est poursuivie par un gros crapaud jusqu’au jour où le recteur lui jette de l'eau bénite et lui passe sonétole au cou; d’après une autre version, la personne ainsi persécutée est une fille-mère qui s’est débarrassée de ses neuf enfants en les tuant. Un conte corse présente un épisode apparenté : une femme s’était fait avorter trois fois, et les crapauds qui tombent de la chemise qu’elle portait au moment où elle commit ces trois crimes sont les fils qu’elle aurait eus, et dont l’un aurait été un évêque, un autre un prêtre savant et le troisième un peintre3. Une légende de la Haute-Bretagne, qui fait songer à certains sacrilèges du moyen âge, raconte qu’une femme a fait cuire une hostie ; aucun prêtre n’ayant pu lui donner l’absolution, elle va à Rome où le pape lui dit que son péché lui sera pardonné si elle embrasse une bête ; il fait paraître devant elle un crapaud, puis un sourd, puis une couleuvre ; elle refuse de les embrasser ; vient enfin un serpent qui, avant qu’elieait eu le temps de répondre, lui saute au cou et l’étrangle 4.
Le conte des Fées de Perrault a rendu populaire l’épisode de la fille orgueilleuse qui va à la fontaine, et est, en punition de son insolence, condamnée à vomir des crapauds et des serpents à chaque parole. Il a ses parallèles dans la tradition contemporaine ; une bonne femme qui a refusé de donner à boire à une Margot la Fée trouve sa buie remplie de grenouilles et de crapauds, alors que celle de sa compagne obligeante est pleine de pièces d’or; dans un autre conte delà Haute-Bretagne, une fée à qui une jeune fille a donné du pain, change en vin blanc
1. V. Smith, in Mélusine , t. I, col. 403 ; Abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret , t. II, p. 87.