‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 271 sur 506 · LES TRÉSORS · texte numérisé non relu

LES TRÉSORS

l’eau de sa cruche, tandisque des sourds, des grenouilles et des crapauds grouillent dans l’eau de celle qui lui a- refusé la charité 1 . Dans les Ardennes, un jeune fille compatissante à l’égard d’une vieille femme crache des perles et des diamants ; l’autre qui l’a rudoyée, vomit des crapauds chaque fois qu’elle parle ; le même épisode se rencontre en Nivernais2, Une sorcière, suivant une autre version, des danseurs de nuiti pour punir l’insolence d’une fille font sortir de sa bouche un crapaud à chaque parole qu’elle prononce ; un petit garçon mal poli à l’égard de la Vierge crache des vipères en parlant 3.

Ainsi qu’on l'a vu les reptiles sont en relation fréquente avec l’eau ; quelquefois ils l’empêchent de couler : dans un conte limousin un crapaud tient une source qui se met à jaillir quand il en a été ôté ; dans un conte des vallées vaudoises, l’animal doit être exterminé avec six boulets de canon 4.

Les serpents ou les dragons à plusieurs têtes auxquels on doit livrer, pour qu’ils la dévorent, une victime humaine, figurent dans plusieurs récits. Les héros ont aussi à combattre un serpent qui vomit du feu. Souvent le caractère de reptile qu’avaient ces monstres a été oublié ; ce n’est plus qu’une bête à sept têtes assez vaguement décrite 5.

Plusieurs princesses sont sous la garde de serpents, et des serpents ailés surveillent celles qui sont prisonnières dans un château suspendu entre le ciel et la mer 6.

Dans nombre de pays on croit que les serpents sont gardiens de trésors: en Auvergne ils portent au cou, en marque de leur mission, un anneau d’or. Le héros d’un conte gascon coupe en deux un reptile de l’espèce de ceux qui veillent sur l’orcaché sous la terre7. Cette croyance a été relevée tout récemment : lors des fouilles faites en 1900 dans les dolmens de la Roche- Vernaize (Vienne), les paysans avertirent les ouvriers qu’un énorme serpent, gardien caché du monument, devait punir dans l’année les téméraires qui oseraient troubler le repos de sa retraite 8. Dans le Puy-de-Dôme, pour s’emparer des pierres précieuses gardées

1. Paul Sébillot. Trad. t. I, p. 108'; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 41.

2. A. Meyrac. Trad. des Ardennes , p. 481 ; Paul Sébillot. Contes des provinces de France , p. 155.

3. F. M. Luzel. Légendes chrétienne:, t. Il, p. 298-299 ; Contes, t. Iil, p. 108. E. Cosquin. Contes, t. II, p. 118.

4. Johannès Plantadis, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 540-541 ; J. -J. Ghristillin, in La Tradition, 1903, p. 163.

5. E. Cosquin. Contes de Lorraine, t. I, p. 61, t. II, 57, 165 ; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 79, 126, 167 ; F.-M. Luzel. Contes, t. II, p. 284, 308, t. I, p. 251, t. III, p. 322.

6. Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 166 ; F.-M. Luzel, t. III, p. 320.

7. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Vosges, p. 307 ; Deribier du Châtelet. Stal. du Can~ tal , t. V, p. 102 ; Durif. Le Cantal, p. 375 ; J. -F. Bladé. Contes, t. Il, o. 47.

R. F. René, in Rev. de l'Ecole d' Anthropologie, fév. 1902, p-. 106.

LES REPTILES

par les serpents, il faut les tuer au moment ou ils les apportent. En Basse-Normandie, on voit parfois, dans les belles nuits d'été, de petites salamandres qui sautillent sur la route ; si on les assomme, et que l’on reste jusqu’au matin à veiller à ce que personne ne s’approche de leurs cadavres, on doit voir à ses pieds le lendemain matin autant de pièces d’or que l’on aura tué de mourons1. On a vu au chapitre des Eaux> dormantes que tous les ans des serpents s’assemblent pour former une pierre précieuse.

Quelques légendes parlent d’êtres fantastiques et puissants qui se montrent sous l’apparence de reptiles. Dans le Médoc, on représente le loup-garou sous la forme d’un lézard monstrueux, sortant la nuit des vignes et des buissons, pour dévorer les hommes et les bestiaux. En Berry la croyance au grand serpent se réveille de temps à autre ; il a quarante pieds de longueur et sa tète est faite comme celle d’un homme ; en 1857, une bergère assurait qu’elle l’avait vu dans un buisson 2.

Lavouivre, dont il a été question déjà dans les chapitres des Forêts, des Montagnes, et au livre des Eaux douces, a d’autres résidences : en Franche-Comté, elle habite les donjons déserts; on l’a vue, maintes fois, partant du château d’Orgelet, aller se désaltérer à la fontaine d’Eole. Elle ressemblait à. une barre de fer rouge traversant les airs. C’est un serpent ailé qui n’a pour se conduire qu’un diamant qui lui sert d’œil au milieu du front ; pour boire, elle le dépose sur le rivage, Si vous pouviez alors vous emparer du précieux talisman, vous seriez le plus riche du monde, le plus puissant des hommes ; et elle, ne sachant plus que faire dans sa cécité, périrait bientôt de tristesse et de désespoir ; personne ne l’a encore surprise en défaut; aussi passe-t-elle pour être immortelle 3. Dans la Bresse., la vouivre est un serpent ailé qui porte un diamant superbe au milieu du front ou un anneau d'or au cou. On croit dans le Revermont que l’on ne peut s’en emparer qu’au moment des foins ; on prépare alors neuf cuchons de foin que l’on met l’un sur l’autre, et l’on guette le moment où la vouivre s’éloignera pour boire. Comme elle est obligée pour celajde poser à terre son diamant, si on peut s’en emparer et arriver sous les neufs cuchons avant d’être atteint par l’animal, on est sûr d’avoir fortune faite; quanta la vouivre, elle dévore huit des neuf cuchons et crève aussitôt4.

La légende dorée parle fréquemment de dragons qui cèdent à la puissance des saints exorcistes : Dans la commune de Savigny existe une

1. Paul Sébillot . Litt. orale de l'Auvergne , p. 214; Hipp. Sauvage. Légendes normandes , p. 107-8.

2. De Métivier. De l'agriculture des Landes, p. 427 ; George Sand. Légendes rustiques, p. 05.

Page 1