‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 274 sur 506 · ORIGINE LÉGENDAIRE · texte numérisé non relu

ORIGINE LÉGENDAIRE

femme se mit à les chercher, et sa figure prenait un tel air de contentement chaque fois qu’elle était parvenue à en saisir une, que saintPierre remercia Dieu, qui dans sa bonté, l'empêchait de s’ennuyer C’est aussi pour travailler la peau des fainéants que les poux furent créés, bien des années après le commencement du monde. On raconte dans le Morbihan breton que Notre Seigneur et saint Pierre rencontrèrent, un jour de mai, un homme couché sur l’herbe. « Que fais-tu là? lui demanda le Seigneur. — N’ayant rien à faire, je me chauffe au soleil ». Notre Seigneur ramassa une poignée de poussière, la lui jeta dans le sein et la changea en poux. En Picardie, une femme pauvre, qui avait souhaité d’être riche pour ne plus travailler, fit un héritage, elle s’ennuya tellement d’être inoccupée qu’elle pria le bon Dieu de lui donner des piotes bêtes pour la distraire; il exauça sa prière et lui envoya des poux, des puces et des punaises1 2. On dit en Haute-Bretagne qu’une bonne sœur, qui n’avait pas d’occupation, inventa les puces pour se désennuyer. A Marseille, on prétendait que ces insectes naissaient dans les églises 3. Au XVIe siècle, certains, croyant à une sorte de génération spontanée, disaient que la laine de la brebis arrachée de la gueule du loup engendrait force poux4. Les vers à soie seraient aussi postérieurs à la création générale: on dit en Provence que les magnans sont sortis pour la première fois des plaies du saint homme Job. Comme l’introduction des vers à soie est relativement moderne, il est possible que cette donnée soit d'origine orientale. Une gracieuse légende du Morbihan prétend que les abeilles sont nées des larmes que Jésus versa sur la croix ; pas une ne tomba sur terre, mais toutes s’envolèrent, pour porter, de la part du Sauveur, quelque douceur aux hommes5.

Plusieurs récits parlent de l'orgueil des abeilles, et de la façon dont il fut rabaissé ; suivant la version nivernaise, au moment oü le bon Dieu distribuait ses dons aux animaux, elles demandèrent à être logées dans un panier d’argent, suivant celle de Basse-Bretagne, dans une maison d’or. Dieu irrité de leur prétention, répondit qu’elles auraient pour demeure des maisons «le paille ou des paniers d’osier enduits de bouse de vache. Les abeilles voulaient de plus que leur piqûre fût mortelle ; Dieu décida quelles piqûres faites à une créature vivante seraient pour elle un danger, mais que toute abeille qui

1. Paul Le Blanc, in Mélusine , t. II, c. 8 ; Félix Ghapiseau. Le F.-L. de la Beauce , t. II, p. 247 ; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. Il, p. 369.

2. P.-M. Lavenut, 1. c. p. 11 ; A. Bout, in Revue des Trad. pop., t. XVII, p. 220.

3. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. II, p. 304 ; Régis de la Colombière. Les Cris de Marseille, p. 273.

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