Laurent Joubert. Seconde partie des erreurs, p
5. E. Rolland, Faune populaire , t. III, p. 322 ; Lucie Guillaume, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 49.
Les insectes
piquerait en mourrait. D’après la tradition morbihanaise elles furent logées dans des palais d’or, et ceux qui osèrent y toucher furent blessés par elles et moururent ; mais Dieu, voyant qu’elles étaient devenues orgueilleuses et malfaisantes, lés punit en les réduisant à habiter sous de petits toits de chaume, et maintenant, quand elles piquent les hommes, ce sont elles qui périssent. En Haute-Bretagne, oùles avettes n’existent que depuis la venue de Jésus-Christ sur terre, lorsqu’elles furent sur le point de le quitter pour essaimer par le monde, l’une se mit à dire : « Tout ce que je piquerai avec mon dard mourra ! — Non, répondit Notre Seigneur; toute personne que vous piquerez s’en ressentira, mais après l’avoir piquée, vous mourrez1 ».
Üne particularité bien connue du bousier (Meloe) qui, lorsqu’on crache sur lui, secrète une sorte de liqueur rouge, est l’objet d’une explication populaire dans l’Aude, où l’on dit que cet insecte s’abreuva des gouttes de sang tombées au pied de la croix, et les enfants en le couvrant de crachats jusqu'à ce qu’il ait émis sa goutte rouge, y font allusion : Rend la sang de nostre Segne ou te tui ! ou :
Escarbat de Sant Jan De nostre Segne rand le sang Ou le tui, biell mayssant2 .
Le peuple attribue les filandres, non pas aux petites araignées, mais à des fileuses surnaturelles: leur nom vulgaire est: Fils de la Vierge, et en Provence, on dit quand on les voit : La santo Vierge fila ; on les appelait en ancien français: Filasse de la Vierge Marie ; en Picardie, ils se nomment Filés-Madame, à Langres, Coton de la sainte Vierge, en Berry, Jetons de Marie ou Jetons de la bonne Ange, parce que la Vierge les jette en filant sa quenouille ; dans les Ardennes belges, ils viennent de la lune où une fille qui y a été reléguée par punition, les file sans relâche. Les termes: Filets de saint Martin en français vulgaire, Fils ou Bilots de saint Rémy, dans la Marne, les rattachant à des. saints populaires, peut-être en raison de quelque légende oubliée. On les assimile aussi à des cheveux : dans le centre on les nomme Cheveux de la bonne Vierge ou cheveux de la bonne ange, de la bonne dame mainte Ange ; dans les Côtes-du-Nord, cheveux de Madeleine, surtout lorsqu’ils sont particulièrement longs 3.
1. Achille Millien, in Rev. des Trad. pop., t. I, p. 151 ; L.-F. Sauvé, ibid. ; Lucie Guillaume, 1. c. ; Paul Sébillot. Petites légendes chrétiennes, p. 19.
2. E. Rolland. Faune pop., t. III, p. 345; Gaston Jourdanne. Contribution au F.~ L. de l'Aude, p. 39. Plus ordinairement les enfants se contentent de lui adresser des formulettes comme celle-ci : Donne-moi du sang rouge et je te donnerai du sang blanc. (Paul Sébillot. Trad. t. II, p. 284 ; F. Daleau Trad. de la Gironde, p. 71.)
3. F. Mistral. Trésor; E. Rolland. Faune pop., p. 243; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. II, p. 248 ; O. Colson, in Wallonia , 1893, p. 168 ; cf. Folklore de France, t. I, p. 18 ; E. Rolland, 1. c, p. 244 ; Lucie de V.-II. in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 214.