RENCONTRES SUR LA ROUTE
Ces animaux de bon augure sont tous de gros mammifères, alors que les autres sont en général de petite taille, et que leur timidité est proverbiale ; cependant autrefois la vue d’un cerf, d’un chevreuil ou d’un sanglier présageait un malheur1. En Basse-Bretagne, celui qui voyait au brun de nuit la biche sainte Ninoc’h devait mourir le jour de ses noces et une autre biche qui hantait les landes de Kerprigent (Finistère) pronostiquait toujours des choses fâcheuses2. On n’a pas, à ma connaissance, relevé la superstition relative au renard qui se trouve dans une poésie du XVIIe siècle :
Un corbeau devant moi croasse,
Deux belettes et deux renards
Traversent l’endroit où je passe.
Les Evangiles des Quenouilles indiquent à la fois le mauvais présage de la vue du lièvre et un moyen de le neutraliser: Quant aucun se met au chemin et un lièvre lui vient au devant, c’est un tresmauvais signe. Et pour tous dangiers éviter, il doit par trois fois soy retourner dont il vient et puis aler son chemin, et alors sera-il hors du péril. Ce moyen de préservation était connu en Alsace vers 1650. Le préjugé de la rencontre fâcheuse du lièvre, relevé par le curé Thiers au XVIIe siècle, peut être considéré comme général ; elle est particulièrement funeste en certaines circonstances : en Haute et en Basse-Bretagne elle estredoutée le jour d’un mariage; dans les Vosges, si elle a lieu le premier janvier, elle présage du guignon pour toute l’année. En Ille-et-Vilaine le lapin qui traverse la route annonce un accident prochain ; dans le Cher, le hérisson est, dans le même cas, un signe de malheur, et s’il coupe le chemin en même temps qu’un lièvre, c’est le présage d’une mort inattendue ; en Poitou celui qui voit une taupe traverser la chaussée éprouvera un ennui qui, dans le Bocage vendéen, consiste dans la perte du couteau ou du mouchoir3.
Au XVIIe siècle, le lièvre qui s’enfuyait présageait une disgrâce, et dans les Vosges on est persuadé que celui qui se montre après le coucher du soleil, faux ou véritable, sorcier ou bête, est toujours un signe de malheur4. En Berry la belette qui coupe la route devant quel-