E. Rolland, p
LES INSECTES
à Boulay en Lorraine, quelques années après, que des filles apportaient dans les jardins des chenilles cachées dans des hottes recouvertes de linge blanc ; dans la Suisse romande, les sorcières pouvaient leur faire ravager les récoltes L Jadis en Wallonie des sorcières envoyaient à la rencontre des voyageurs des mouches appelées Faunets qui ressemblaient à des taons, mais plus minces et plus effilées ; il en fallait sept pour tuer un cheval1 2. On croit en Champagne, en Normandie, en Anjou et en Haute-Bretagne, que des gens peuvent donner des poux par ensorcellement. En Ille-et-Vilaine pour se débarrasser de la vermine qui semble provenir d’un sortilège, il faut aller, avant le lever du soleil, au bord d’une rivière et battre sa chemise, pendant une heure avec, nue branche d’épine noire ; dans le Bocage normand où les mendian.ts sont accusés de ce méfait, on les contraint parfois à le défaire. Èn 4hjoq, pour se délivrer des poux venus par maléfice, on en enfile trois a-vec une aiguillée de fil et on les suspend dans la cheminée à la crémaillère ; la personne éprouvée est définitivement délivrée de ces insectes,, et, à mesure que ceux-ci dessèchent, le sorcier lui-même dépérit; il ne tarde pas à venir désensorceler celui ou celle à qui il a fait un tour 3. Dans la Beauce, on chasse les chenilles en déposant un nombre impair, de 9, 11, 13 principalement, de ces insectes à un carrefour de quatre chemins, en leur faisant prendre une direction opposée à celle de la maison ; en Anjou, une femme qui a ses mois fait périr les chenilles qui infestent un champ de choux, en le traversant à diverses reprises 4.
Au XVIe siècle pour expulser les hannetons d’un verger, on récitait un verset du 35® Psaume : Ibi ceciderunt qui operantur iniquilatem , expulsi surit, nec potuer uni stare 5. Des cérémonies dans lesquelles intervient plus directement la religion, ont pour but de détruire ou d’éloigner les insectes nuisibles ou importuns.
En Haute-Bretagne, la procession de la Saint-Marc (25 avril) est destinée à faire crever les langousses (mouches d’eau); jadis elles faisaient périr les chevaux et même les hommes ; elles étaient grosses comme des têtes de cheval et pouvaient traîner des pierres ; depuis l’institution de la fête, elles ont été réduites à la taille qu'elles
1. J.-B.Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 1513; Réaumur. Abrégé de T histoire des insectes , t. IV, p. 94; E. Auricoste de Lazarque, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 415; Ceresole. Légendes des Alpes Vaudoises , p. 180.