TALISMANS
En nombre de pays on constate l'emploi talismanique de plusieurs insectes vivants, et surtout de certaines parties de leur corps. Dans la région française des Côtes-du-Nord, on s’assure la chance en ayant dans sa poche une tête de cerf-volant mâle appelé cer ; celle de la cerrisse n’a pas la même efficacité. En Eure-et-Loir, pour avoir de l’argent toute l’année, il faut garder constamment sur soi une tête de cerf-volant ; dans le Loiret elle fait gagner à la loterie ou au jeu ; en Normandie et dans la Loire-Inférieure, elle est un talisman de bonheur ; en Basse-Normandie l’écolier qui a une de ses cornes dans sa poche se croit assuré d’avoir de la chance au jeu *.
Dans le Loir-et-Cher, les Deux-Sèvres, la Gironde, pour qu’un conscrit ait un bon numéro, il est utile de coudre, sans qu’il le sache, une araignée vivante dans la doublure de son gilet ; en Lorraine, une araignée noire velouteuse mise dans un sachet avec sa toile a la même vertu. En Berry une tête de cerf-volant placée au cordon du chapeau préserve des maléfices ; dans la Beauce, il suffit de l’avoir sur soi pour être à l’abri des charmes des baladins ; dans les Vosges cet insecte, vivant ou desséché, éloigne les sortilèges. Il est vraisemblable que ses antennes en forme de cornes ont contribué à lui faire accorder ce pouvoir. Dans la Gironde, on évite les chutes, en portant constamment une des cornes d’un Barbot de Saint-Jean ; dans les Vosges, la tête d’un cerf-volant préserve de la foudre ; en Basse-Normandie une de ses cornes met à l’abri des chiens fous2.
On verra plus loin l'emploi thérapeutique de certains insectes; ils servent aussi à garantir les enfants de divers inconvénients ; dans la Creuse on leur met au cou en guise d’amulettes, des coccinelles3.
Les insectes qui loin d’être de quelque utilité, nuisent aux hommes ou aux récoltes, obéissent comme les mammifères rongeurs aux adeptes de la sorcellerie; la croyance est sans doute plus ancienne que le XVIIe siècle, où l’on cite expressément parmi les maléfices connus celui qui consiste à envoyer des charançons ou des vers dans les greniers, des chenilles, des sauterelles et d’autres insectes dans les champs. Lorsque en 1735, l'Alsace et les environs de Paris furent ravagés par d’innombrables chenilles arpenteuses, quelques-uns prétendirent avoir vu le sorcier ou la sorcière qui les répandait. On disait
1. Paul Sébillot. Trad ., t. II, p. 285 ; E . Rolland, p. 328 ; Fr. Pluquet. Contes de Bayeux , p. 39; Mme E. Vaugeois, in Bev. des Trad. pop., t. XV, p. 590 ; L. Duval. Rôle des croyances pop. dans la protection des animaux , p. 47.
2. Fr. Houssay, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 372 ; B. Souohê. Croyances, p. 6; G. de xVlensignac. Sup. de la Gironde, p. 117; E. de Goncourt. Germinie Lacer leux , p. 139; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre , t. 1, p. 284 ; P. Vallerange. Le clergé , la Bourgeoisie, p. 117 ; L.-F. Sauvé, 1. c., p. 200; G. de Mensignac, l. c. ; L.-F. Sauvé, l. c. ; Louis Duval. Rôle des Cray, pop., p. 48.