PROCÉDÉS POUR RAMASSER LES ABEILLES
En Haute-Bretagne, les abeilles se parlent quand elles sont sur le point d’essaimer ; si on va les écouter de près, on entend la mère qui répète : Quand î quand ! quand ! ; en Basse-Normandie, elles ne cessent de chanter b
L usage de rassembler les mouches en se servant de procédés musicaux est très répandu : on disait au XIVe siècle : Quant un vaisseaus des est essamez, on les maine à sifflet et à chant. Au XVIIe siècle, la pratique se rapprochait de celle qui est la plus ordinaire maintenant :
. . Beauté est une ruche
Dont l’odoreux piment la Coudre et la Lambrusche Tirent de toutes parts les mousches et bourdons Sans le charivary|des poisles et chaudrons.
Au moyen âge il y avait une formule assez longue que l’on adressait à la mère des abeilles pour qu’elle vienne se fixer avec toute sa famille sur un arbre près duquel était disposé un vase destiné à les recevoir1 2. Dans les Ardennes, on récite cette oraison : « Mouche que Dieu a créée pour l’église illuminer, je te conjure, par la sainte Trinité, de t’arrêter ! » 3 4. On leur dit aussi de douces paroles, en les appelant, comme en Normandie : « Mes chéries, mes petites, mes mignonnes ! » ; en Limousin, Pausa bella\ ou en leur chantonnant des formulettes engageantes comme celle-ci, usitée en Ille-et-Vilaine :
Eu ménage, mes petites,
Montez, mes petites, en ménage,
Eu ménage, eu ménage*.
En Haute-Bretagne, « les mielliers » sont ceux qui savent arrêter les abeilles, en vertu d'un don qui se transmet de père en fils, mais l'ainé péut seul le posséder. Le miellier dit une oraison particulière, lient son chapeau derrière son épaule gauche, et a l’œil fixé au milieu de 1 essaim où se trouve la mère, qui ne tarde pas à venir se poser sur sa main. Dans les Côtes-du-Nord, il n'y a qu’une seule personne dans chaque maison qui ait de la chance pour les avettes ; on ne sait jamais laquelle, excepté quand elle meurt ou qu’elle part5. En Basse-Bretagne, les abeilles connaissent leur maître ; celles qui partent à la recherche du miel s’écartent de son passage ; celles qui reviennent le
1. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 279; J. Lecœur. Esq uisses du Bocage , t. I, p. 274.
2. Richard de Fournival. Le Bestiaire d'amour , p. 21 ; Courval-Sounet. Satire VIII. Le hazard des corues ;Baluz. Capitulor. t. II, cité par A. de Gubernatis. Mythologie zoologique , t. Il, p. 231.