‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 293 sur 506 · Paul Sébillot, I. c., p. 280-281 ; Notes, p · texte numérisé non relu

Paul Sébillot, I. c., p. 280-281 ; Notes, p

LES INSECTES

vol alourdi, les pattes et les ailes surchargées de pollen, se posent sur ses vêtements, et, si quand il surveille l'envolée des essaims nouveaux, accablé par la chaleur de l’été, il s’étend, entre les ruches, la tête appuyée sur les bras pour dormir, elles le défendent contre tous les animaux malfaisants qui surviennent. Seul le lézard sera à l’abri de leurs attaques, car, lui, aussi, est l'ami de l’homme *. Les abeilles ont horreur de la souillure; voici la recommandation qu’on faisait au XVIe siècle, à celui qui maniait les ruches : Il avisera que le jour précédent il n’ait eu affaire à femme, qu’il ne soit ivre et n’approche d’elles sans être lavé et bien vêtu ; pareillement qu’il s’abstienne de toutes viandes ou oignons sentant fort, qu’il ait en la bouche quelque chose de bonne odeur. En Limousin, lors de la cueillette du miel, aucune femme ayant ses menstrues 11e doit s’approcher des rûches1 2.

Plusieurs observances, en même temps qu’elles constatent l’attention que l’on accorde aux abeilles, ont pour but de les préserver des mauvaises influences. Au XVIIe siècle, bien des gens ne voulaient pas acheter des mouches à miel, mais seulement les échanger, de crainte qu’elles ne profitent pas s’ils les achetaient. Cette croyance est encore très répandue, mais on peut les échanger, contre un objet de même valeur. En Haute-Normandie, on ne doit pas marchander la ruche. A Guernesev, on la vend impunément si le prix est payé en or ; dans le Lauraguais, contre une quantité de blé ; lorsqu’on donne la cire gratuitement les essaims profitent, si on la vend, cela leur porte malheur3 4. Il faut aussi se garder de compter les ruches ; dans les Landes, cet acte leur porte malheur ; dans l’Albret, il y fait venir le blaireau ; dans la Meuse, il suspend ou arrête le travail des abeilles. Dans les Côtes-du-Nord, on tâche de disposer les ruches de façon à ce qu'on ne puisse facilement les dénombrer, et en Limousin, on en laisse toujours quelques-unes vides L

A la fin du XVIIIe siècle, on croyait dans quelques parties du Finistère, comme de nos jours en Basse-Cornouaille, que si une ruche venait à être volée, les autres dépérissaient, et l’on négligeait dès lors de les entretenir ; en Basse-Bretagne vers 1830 lorsque les abeilles avaient été volées, le propriétaire qui urinait, avant le lever du soleil, sur l’emplacement de la ruche reconnaissait le voleur; les cheveux de celui-ci devenaient rouges. On est persuadé dans quelques parties des

Page 1