‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 30 sur 506 · FASCINATION ET PRÉSAGES · texte numérisé non relu

FASCINATION ET PRÉSAGES

constate la popularité de ce préjugé1. La privation temporaire delà parole est, suivant quelques-uns, produite par son haleine : Se, disent les Evangiles des Quenouilles , le loup pœult une personne approchier à sept piés et le veoir en la face, de son alaine rend la personne tant enroué qu’il ne pœult crier. Dans les Ardennes, celui qui respire l’haleine forte du loup perd la voix; de même que, en Haute-Bretagne, celui qui a ouvert la bouche au moment où un loup passait, et celui au visage duquel il a soufflé quand il criait après lui 2.

11 est, sans compter les conjurations, quelques moyens de se garantir de cette fâcheuse influence : lorsque les bergères berrichonnes ne peuvent crier, elles courent sur le loup, les cheveux épars, certaines de le mettre en fuite ; en Haute-Bretagne on n’enroue pas si on se fourre dans la bouche une mèche de cheveux 3 4.

Le lièvre passait autrefois pour exercer un pouvoir qui semble en contradiction avec sa timidité proverbiale. On croyait en Normandie que lorsqu’il apparaissait dans une assemblée où l’on buvait, les convives, pris d’une indicible rage, se ruaient les uns sur les autres; son arrivée au milieu d’un combat semait la terreur parmi les gens qui se débandaient et s’enfuyaient en désordre ; enfin il provoquait la panique dans les foires*.

Lorsque certains animaux s’approchent plus que d’habitude d’un logis ou qu’ils font des actes insolites dans son voisinage immédiat, ils pronostiquent parfois des choses funestes. Quand on voit, disent les Evangiles des Quenouilles, plenté de chauvesoris voler entour une maison, il en fait bon deslogier : car c’est grant signe que temprement on y boutera le feu. Ce préjugé semble oublié, mais dans la Gironde ce vespertilien est de mauvais augure pour la maison où il entre 5. Lorsqu’il y a un malade, des gestes auxquels on ne prend pas garde en temps ordinaire, sont regardés comme l’annonce de sa fin; c’est le présage que l’on tire dans le Morvan de la belette qui croise sa porte, dans les Vosges et dans le pays messin de la taupe qui vient faire des monticules près du seuil ou sous les fenêtres 6.

On attribue aux rats une sorte de prescience ; les marins prétendent qu’ils abandonnent le navire menacé d’un naufrage prochain, et sur la

1. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre , t. II, p. 129; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 107 ; M. M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 230 ; Leroux de Lincy. Le livre des proverbes , t. I, p. 183 ; Leroux. Dict. comique.

2. Les Evangiles. Appendice B. II, 38 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 182; Paul Sébillot,' I. c.

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