Etienne de Bourbon. Anecdotes, p
LES INSECTES
censé attaché : l'idée qui préside à cette offrande est indiquée avec netteté dans le pays de Liège où les campagnards atteints de fièvre tierce font cuire un œuf dans leur urine, et vont le cacher dans une fourmilière ; le mal décroît à mesure que l'œuf est rongé par les insectes. En Basse-Bretagne le dépôt est accompagné d'un quatrain dont voici la traduction : « Fourmilière, je vous salue. — La fièvre suis venu vous apporter — avec un morceau de pain et un œuf; — ne requiers que de ne plus la trembler ». En Ille-et-Vilaine, pour la même maladie, on y porte, pendant neuf jours consécutifs, des œufs frais ; les paysans de Saar-Union en Alsace placent des œufs et 77 boulettes de pain dans la fourmilière. En Franche-Comté, pour guérir une sciatique opiniâtre, un œuf frais percé d'une quantité de petits trous y est posé au milieu par quelqu’un qui, durant tout le trajet, ne doit parler à personne, ni prononcer aucune parole. Dans le Bocage normand, uriner pendant neuf jours sur une fourmilière fait passer la jaunisse. Le nid de la mante guérit les dartres, suivant les paysans du Mentonnais ’.
Parfois c’est l’insecte lui-même qui, mis en contact avec le malade, opère la cure ; dans la Seine-Inférieure une araignée posée sur la poitrine mange la lièvre; en Lorraine, on lui faisait mordre les verrues; dans le Bocage normand la grosse sauterelle verte appelée chevrette passe pour manger ou détruire ces excroissances1 2 3.
Suivant une croyance encore enracinée dans le peuple, pour guérir la piqûre venimeuse du scorpion, il faut laver la plaie avec de l’huile dans laquelle on a fait mourir quelques-uns de ces insectes. Un vaude-vire du XV0 siècle montre que cette pratique était alors courante :
On nous dit ; comme de nature Lé scorpion
Mesme est bon contre sa blessure,
Pour guarison
Qu’il faut retourner aux bons vins Gomme à la beste 31
Les frictions pratiquées avec des insectes paraissent rares: l'une d’elles était usitée au XVIe siècle : pour ne pas avoir la barbe trop touflue, il fallait dès son enfance frotter ses joues d’œufs de fourmis4. Leur usage comme médicament interne semble plus fréquent : dans les Basses-Alpes, on avalait le matin, à jeûn, trois ou neuf araignées vivantes pour se débarrasser de la fièvre ; en Eure-et-Loir, on fait manger à
1. E. Rolland, 1. c., p. 280 ; L.-F. Sauvé. Lavarou^Koz, p. 141 ; A. Orain. Le F.-Lde l' Ille-et-Vilaine, t. II, p. 20; E. Rolland,!, c. ; Roussey. Glossaire de Bôurnois, p. 132; .1. Lecœur. Esquisses du Bocage , t. II, p. 103 ; J. -B. Andrews, In llev. des Trad. pop., t. IX, p. 261.
2. Spalikowski. Paysages normands, p. 43-44 ; Richard . Trad. de Lorraine, p. 268; J. Lecœur, 1. c., t. I, p. 271.